SALON DU LIVRE FÉMININ DE DAKAR : LE MALI À L’HONNEUR, LE MATRIMOINE AU CŒUR DES ÉCHANGES.

Du 21 au 24 octobre 2026, s’est tenu à Dakar, le Salon du livre féminin. Pour cette 5e édition,  le Mali était le pays invité d’honneur. Une dizaine d’écrivaines et d’artistes peintres du Mali et de sa diaspora membres du RFEMD (Réseau des femmes écrivains du Mali et de la diaspora ) y a pris part. La cheffe de la délégation malienne était Aïcha Diarra, écrivaine et éditrice  (GAFE). Le thème principal du salon était : « Le matrimoine en action : hériter, écrire, transformer ». Nous revenons sur ledit salon avec les écrivaines maliennes.

Elles répondent ici, à nos questions sur le matrimoine, les principaux sujets abordés, ce qui les a le plus marqué et l’intérêt de ce type de salon pour les écrivaines africaines et pour le rayonnement du Mali.

Zeïna Haïdara : Autrice/Romancière/Nouvelliste, Secrétaire générale du Réseau des Femmes Écrivaines du Mali et de la Diaspora

 

En tant que secrétaire générale du Réseau des femmes écrivains du Mali et de la Diaspora (RFEMD), je retiens de cette participation la qualité de l’accueil, l’engagement de l’équipe organisatrice et les possibilités offertes aux créatrices maliennes de faire connaître leurs œuvres et de défendre leur matrimoine littéraire et culturel. J’ai particulièrement apprécié le travail accompli par la commissaire générale, Madame Amina Seck, et toute son équipe pour la réussite de ce Salon. Leur dynamisme, leur disponibilité et le soin apporté à l’organisation ont contribué à offrir à la délégation malienne des conditions favorables à sa participation.

Une logistique importante a été mise à notre disposition pour faciliter nos déplacements, nous permettre d’exposer nos ouvrages et favoriser les échanges avec les autres invités. Cette attention a permis aux membres de notre délégation de participer aux différentes activités du Salon, de présenter leurs productions et de nouer des contacts susceptibles de déboucher sur de futures collaborations. La délégation malienne ne se limitait pas au monde du livre. Elle réunissait également des artistes peintres, dont la présence a contribué à représenter la diversité de la création féminine malienne. Cette participation, aux côtés des écrivaines et des éditrices, a permis de mettre en valeur différentes formes d’expression artistique et de rappeler que le matrimoine se transmet aussi bien par l’écriture que par les arts visuels.

J’ai également apprécié la possibilité qui nous a été donnée de prendre part aux rencontres et aux panels ouverts au grand public. Ces échanges ont constitué des occasions de partager nos expériences, de faire connaître la littérature malienne et de défendre notre matrimoine. Celui-ci ne se limite pas aux traditions et aux savoirs transmis de génération en génération : il comprend aussi les récits, les œuvres et les contributions des femmes qui participent à la construction de notre mémoire collective. En tant que créatrices, nous avons un rôle important à jouer pour préserver cet héritage, le transmettre et lui donner une place plus visible dans nos sociétés. Moi qui suis curieuse et toujours à la recherche de nouveautés dans ces salons, j’ai particulièrement aimé l’espace intime N’Deye Takhawalou (qui signifie N’Deye la vadrouilleuse, une écrivaine qui parcourait le pays pour écrire sur les réalités de sa société).

Dédié aux autrices dont les livres étaient en compétition pour le prix Ken Bugul, cet espace nous offrait un cadre particulier pour parler de nos ouvrages entre nous en toute intimité (les échanges n’étaient ni filmés ni enregistrés).

Je trouve important que de tels espaces existent dans les manifestations littéraires, car ils permettent de rapprocher les autrices. La reconnaissance d’un livre passe aussi par ces moments de rencontre, où nos récits peuvent être présentés, expliqués et partagés. La présence du Mali en qualité de pays invité d’honneur a, à mes yeux, une portée qui dépasse le symbolique. Elle a permis de mettre en avant les écrivaines maliennes, de faire découvrir la diversité de leurs productions et de rappeler la richesse de notre patrimoine littéraire et culturel y compris le matrimoine. Elle a également favorisé le rapprochement entre les acteurs du livre du Mali et du Sénégal, deux pays liés par une histoire, des références culturelles et des aspirations communes, mais qui ont encore de nombreuses possibilités de coopération à explorer dans le domaine du livre et de la création artistique.

Le thème « Le matrimoine en action : hériter, écrire, transformer » faisait pleinement écho à ces enjeux. Hériter, c’est reconnaître la valeur de ce que les générations précédentes nous ont transmis. Écrire, c’est préserver cette mémoire, mais aussi raconter nos réalités, nos évolutions et nos questionnements. Transformer, enfin, c’est contribuer, par la littérature et les arts, à faire évoluer les regards et à donner aux femmes la place qui leur revient dans l’histoire, la littérature, l’art et dans la société. La cérémonie de clôture a constitué un autre moment fort et émouvant de cette participation. À cette occasion, un trophée a été décerné au Réseau des femmes écrivains du Mali et de la Diaspora (RFEMD). Chaque membre de la délégation malienne a également reçu une attestation de participation. Ces distinctions ont marqué la fin de notre séjour et constitué un témoignage appréciable de la participation du réseau et de ses membres à cet événement littéraire et culturel.

Je souhaite que cette dynamique se poursuive au-delà de l’événement, à travers des partenariats durables, une meilleure circulation des œuvres et des échanges réguliers entre les réseaux d’écrivaines, les maisons d’édition et les professionnels du livre. Car valoriser les femmes de lettres et les artistes, c’est aussi leur donner les moyens de faire vivre leurs œuvres, de rencontrer leur public et de contribuer pleinement au patrimoine culturel africain.

Salimata Togora : Autrice/Dramaturge  et Experte en genre

Le thème du matrimoine en action a été largement débattu lors de ce salon, et je pense qu’il était nécessaire. On entend beaucoup parler du patrimoine, mais le matrimoine nous invite à nous intéresser davantage à ce qui est transmis, transformé et valorisé par les femmes : les savoirs, les savoir-faire et les savoir-être. Cette transmission ne concerne pas uniquement les filles. Elle s’adresse également aux générations futures. Il s’agit de préserver, de transformer et de transmettre les connaissances et les valeurs que les femmes ont héritées et qu’elles continuent de faire vivre à travers leurs créations et leurs expériences. Plusieurs sujets ont été débattus. Je ne me souviens pas avec exactitude de tous les thèmes, mais nous avons notamment parlé du matrimoine dans le domaine de la création et de la transmission, ainsi que de la place des langues. Nous avons également discuté de la souveraineté de l’Afrique dans le domaine littéraire, notamment en ce qui concerne les prix littéraires et la reconnaissance des écrivaines africaines.

Au-delà des échanges publics, le salon a offert des espaces de discussion entre femmes qui n’étaient pas filmés. Ces moments leur ont permis d’échanger librement sur leurs processus de création, leurs expériences d’écrivaines, mais aussi sur des sujets intimes, notamment la sexualité des Africaines. Ce que je retiens avant tout, c’est que le Salon du livre féminin de Dakar est un espace nécessaire. Il a permis aux femmes de se retrouver entre elles et de discuter sans tabou, sans autocensure et sans avoir à se justifier. Elles ont pu exprimer librement leurs préoccupations, leurs besoins et leurs opinions sur de nombreux sujets. Elles ont notamment parlé de littérature, d’édition, de transmission des valeurs socioculturelles, mais aussi de leur intimité. J’ai particulièrement apprécié cette liberté de parole. C’était à la fois un espace intellectuel et un espace d’expression libre. Je pense qu’il serait formidable que nous puissions disposer d’instances similaires au Mali, où les femmes pourraient se retrouver, partager leurs expériences et aborder librement les questions qui les concernent.

La participation du Mali en tant que pays invité d’honneur a été une très belle initiative. Elle a permis de mettre les écrivaines maliennes à l’honneur et de braquer les projecteurs sur elles, en donnant au monde une autre image du Mali. Dans certains médias étrangers, le Mali est souvent présenté uniquement à travers la guerre et les difficultés qu’il traverse. Certaines personnes finissent même par se demander s’il existe autre chose au Mali. Or, il existe des dynamiques culturelles, des interactions, des initiatives et des personnes qui accomplissent des choses formidables pour le pays. Ce salon a permis de le montrer.

Il a également donné aux participants l’occasion de découvrir les livres des écrivaines maliennes, de mieux connaître leur univers et de comprendre la richesse de l’imaginaire du Mali. Cette participation a donc contribué à renforcer la visibilité des écrivaines maliennes, une visibilité dont elles ont réellement besoin. Ce type de salon est une excellente initiative. Il contribue à la promotion de la littérature africaine et constitue un véritable outil de soft power culturel. En mettant en lumière les écrivaines et leurs œuvres, il contribue à donner une image positive du pays, à faire découvrir sa richesse culturelle et à valoriser ses talents.

Il peut également ouvrir des perspectives concrètes aux écrivaines, notamment en matière de participation à d’autres salons, de voyages, de rencontres professionnelles et d’opportunités d’édition. Au-delà de la visibilité, ces rencontres permettent aux écrivaines africaines de créer des liens, de partager leurs expériences et de faire vivre leur littérature à travers le continent. C’est pourquoi je considère que ces espaces sont essentiels, aussi bien pour les femmes que pour le rayonnement culturel de nos pays.

Fatoumata Fathy Sidibé :Autrice/Artiste peintre de la diaspora (Belgique)

 

Je suis fière d’avoir accompagné la délégation malienne et heureuse d’avoir rencontré, ou mieux connu, mes sœurs de plume, dont je salue les parcours, les engagements, les œuvres et les combats.

Ce Salon est bien plus qu’un rendez-vous littéraire. Il célèbre notre matrimoine, nos histoires, nos combats, nos réalisations et nos aspirations. Il donne des ailes à nos rêves, nourrit nos ambitions et nous permet de tisser des liens qui, je l’espère, continueront de grandir bien au-delà de ces quelques jours.

Dans un monde où la parole des femmes doit encore conquérir sa place, créer et maintenir un tel espace est un acte de conviction, de courage et de persévérance.

Un immense bravo à Aminata Seck pour sa détermination à tenir, à résister, à créer et à faire vivre ce rendez-vous qui donne aux femmes des espaces pour prendre la parole, partager leurs œuvres et faire entendre leurs voix.

Parce que nos histoires méritent d’être racontées, nos œuvres d’être lues et nos voix d’être entendues.

Parce que notre matrimoine est vivant, pluriel et précieux.

Et parce qu’ensemble, nous pouvons aller plus loin.

Longue vie au Salon du livre féminin de Dakar et à toutes ces initiatives qui font résonner les voix des femmes. À Dakar, la 5e édition du Salon du livre féminin a mis en lumière les femmes de lettres, leurs œuvres et leur contribution à la littérature africaine.

Merci au Salon du livre féminin de Dakar pour cette magnifique parenthèse de rencontres, de partage et de sororité.

Safiatou Ba Dicko : Autrice de la diaspora (USA)

Le matrimoine désigne l’ensemble des œuvres, connaissances, des traditions, des récits et des créations, tout ce que l’on hérite des femmes et transmis de génération en génération.Il attire l’attention sur une réalité ou des réalités souvent moins visibles: la contribution des femmes à la construction de la société.

Dans les sociétés Africaines, cet héritage ne se limite pas seulement aux livres mais dans les contes, proverbes, chants, récits, transmit oralement par nos mères, grand-mères, conteuses, griottes. Également les langues, les savoirs traditionnels; les pratiques artistiques, artisanales et culturelles, la gastronomie.

Les combats des femmes pour la dignité, l’éducation, l’amour.

Pour conclure: Hériter: retrouver la voix du passé…

Écrire: prendre la parole et laisser une trace. J’aime dire: raconter avant que le temps n’efface les souvenirs (titre de mon prochain recueil de poèmes).

Transformer: faire de la mémoire une force d’action. Utiliser les héritages pour imaginer de nouvelles possibilités

Je retiens de ce salon plusieurs messages: le Mali et le Sénégal sont liés par l’histoire. Ca renforce les échanges entre les 2 pays liés par l’histoire, Il ne s’agissait pas seulement d’une présence protocolaire mais une occasion de mettre en valeur la richesse littéraire et culturelle malienne dans un espace consacré aux femmes. Le Mali possède une riche tradition de transmission orale, de poésie, de récits historiques et de savoir-faire. Son choix et sa présence témoigne la contribution des femmes à cette mémoire, qu’elles soient conteuses, écrivaines, éducatrices ou gardiennes des traditions.

Ce fut des moments de partages, d’expérience, de solidarité. Atmosphère bon enfant. On s’est sentie à la maison.

Une réflexion fondamentale: quelle place accordons-nous aux femmes dans la construction, la conservation et la transmission de notre mémoire collective?

Mabing DEZOUMBE et RFEMD

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