Mme KONÉ MAMOU SIDIBÉ À CŒUR OUVERT: “NOUS DEVONS IMPÉRATIVEMENT RETOURNER AUX FONDEMENTS”

Madame Koné Mamou Sidibé, artiste musicienne, voix traditionnelle et envoûtante qui a résisté au temps, continue fièrement sur les grands podiums et ce n’est pas pour rien. Son éternel combat pour la cause paysanne et la valorisation de sa tradition ont fait d’elle une des amazones de cette musique qu’elle a fini par adopter. Fille de Moussa Sidibé lui-même, musicien de qui Mamou a hérité la musique et de Massé Diallo est désormais une figure incontournable de la musique traditionnelle malienne. Dans l’interview qu’elle a bien voulu nous accorder chez elle à Tabacoro, Mamou Sidibé nous parle non seulement de sa riche carrière et ses projets, mais aussi se prononce sur la question sanitaire, sécuritaire et politique que connaît le pays. Lisez plutôt !

Photo : Archives Mamou Sidibé

NYELENI Magazine: Qu’est-ce qui vous a motivé à être une artiste ?

Mme Koné Mamou Sidibé: J’ai appris la musique en famille. Mon défunt père était musicien. Il jouait le balafon dans les champs pour accompagner et encourager les cultivateurs. Chez nous, après les travaux champêtres, les villageois de divers horizons se retrouvent pour une grande fête organisée par des jeunes (hommes et femmes). Cela pouvait s’étendre sur une semaine. Mon père faisait partie des musiciens qui animaient cet événement et c’est ainsi que j’ai appris à faire de la musique traditionnelle. Maintenant, faire la musique comme activité principale, c’est avec Oumou Sangaré et sa mère que j’ai apprise. J’ai passé trois ans chez la mère d’Oumou Sangaré qui m’a prodigué beaucoup de conseils. C’est de là, que j’ai commencé a animé des cérémonies de mariages, baptêmes… Je n’ai cependant pas eu la chance d’enregistrer de disques avec Oumou Sangaré même si j’ai joué dans deux de ces clips. C’est moi la jeune fille en robe dans son clip « « Dirabi néné » puis le clip qui rend hommage à Moussa Traoré où j’étais la jeune dame qui balayait. Cependant, Oumou a été d’un grand soutien pour moi et je continue mon apprentissage.

NYELENI Magazine: La musique nourrit-elle son homme?

Mme Koné Mamou Sidibé : (rire) à part nos devanciers comme Salif kéïta, Oumou Sangaré et autres, notre génération ne peut pas dire qu’elle peut vivre de la musique. Nous avons commencé nos carrières, à peine trois ans, le piratage a pris de l’ampleur. Pendant qu’on tentait de s’en sortir, l’internet, les clés USB, sont venus enfoncer le clou. Aujourd’hui, on ne parle plus de piratage. Avec une clé USB, vous avez toutes les musiques de vos choix presque gratuitement. Nous sommes plutôt enterrés. C’est pourquoi on entend certains dires, j’ai toute ta musique ! Pourtant, ce sont des musiques téléchargées en mode gratuit. De nos jours, nous vivons de mariages, baptêmes et quelques concerts.

NYELENI Magazine:: On doit donc conclure qu’on ne parle plus de piratage ?

Mme Koné Mamou Sidibé : C’est exact ! Nous avons désormais pire que le piratage. Je venais de l’évoquer plus haut.

NYELENI Magazine:: Comment vivez-vous cette période de COVID-19 ?

Mme Koné Mamou Sidibé : La pandémie du Covid-19, a été un coup dur dans le monde artistique. Nous avons même l’impression que c’est à cause de nous que cette pandémie a vu le jour. Nous ne vivons plus. La plupart des musiciens sont des hommes. Dans nos sociétés, c’est l’homme qui s’occupe des besoins de la famille. Imaginez un instant que ce dernier se trouve désœuvré des mois et des mois. Chez les femmes, c’est certes difficile, mais c’est encore mieux. Nous pouvons solliciter nos proches, mais pour l’homme, ce n’est pas du tout facile. Pourtant, ils sont les plus nombreux dans le secteur. Je suis artiste, mais tous mes musiciens sont des hommes. Comprenez que c’est difficile. Souvent, on programme un concert ou une prestation, pendant qu’on s’active pour l’exécuter une décision liée à la pandémie vient l’annuler. Pourtant, les marchés n’ont jamais été fermés, les transports en commun ne sont pas soumis à des règles de mesures barrières. Il faut que les autorités nous expliquent sinon nous n’avons rien compris jusqu’ici.

NYELENI Magazine: Quelle lecture faite vous de la situation actuelle ?

Mme Koné Mamou Sidibé: Nous artistes, avions joué notre rôle. À travers nos chansons, nous avons toujours appelé à la paix et à la cohésion sociale. Mais hélas ! Cependant, une chose est sûre, personne ne viendra construire le Mali à notre place. Homme, femme, tout le monde à un rôle à jouer. Je parlerais surtout des femmes. Nous avons un grand rôle à jouer, car tout part du foyer ensuite le quartier puis le pays. Nous devons inculquer nos valeurs ancestrales à nos enfants. Je tiens à dire que c’est le Mali qui a fait de nous ses fils et nous n’avons rien payé en retour, mais c’est nous qui continuons à humilier ce pays, à faire de lui la risée du monde. Donc, retournons aux sources. Nos aïeux se poseront certainement des questions à savoir si c’est le même Mali qui nous a été légué. Pourtant, c’est bien le même pays. Tout ceci à mon avis tire sa source dans la cupidité, l’ego et le moi. Il nous faut impérativement rééduquer nos enfants selon nos valeurs.

NYELENI Magazine: Quel conseil pour les femmes?

Mme Koné Mamou Sidibé : les femmes doivent s’unir et parler le même langage. Généralement, les femmes sont bonnes pour les mobilisations dont elles ne connaissent souvent même pas les raisons. Au lieu de ça, elles doivent s’unir, faire des propositions concrètes aux hommes. On le dit souvent que “derrière tout grand homme se trouve une grande dame”. Qu’elles acceptent de jouer ce rôle.

NYELENI Magazine: Comment parvenez-vous à concilier votre vie de couple et vos activités artistiques ?

Mme Koné Mamou Sidibé : J’arrive à concilier les deux parce qu’il y a une bonne communication entre mon époux et moi. Nous avons bâti notre foyer sur la confiance mutuelle, le respect et le sens de l’écoute. Il a été d’un grand soutien pour moi dans ma carrière. Il sait quelque part que nous avons pour souci commun notre village, Ganagou, Zayana-Noumouloula et de son développement. Nos actions sont pour le bien-être de notre communauté et tout ce qui peut le faire avancer nous nous engageons.

NYELENI Magazine: Quels sont vos projets à court, moyen et long terme ?

Mme Koné Mamou Sidibé : Pour l’heure, je me consacre à mon festival, le festival Sendé qui connaît malheureusement des moments difficiles depuis l’apparition de la pandémie de covid-19. En plus de cela, j’ai une usine de fabrication d’eau potable. Il y a également mon dernier album qui vient d’être mis sur le marché. Le vendredi à 21 heures, je joue à l’Institut français, toujours dans le cadre du lancement de l’album.

NYELENI Magazine: Un appel aux femmes, aux politiques et aux autorités de Transition ?

Mme Koné Mamou Sidibé : Aux femmes, le message est le même s’unir pour être utile pour le pays. Elles ont un grand rôle à jouer. Aux politiques, c’est de porter le Mali dans leurs cœurs. Quant aux nouvelles autorités, c’est d’être à l’écoute des populations et être sensible à leurs préoccupations. C’est l’occasion de poser les vrais fondements pour un Mali prospère.

Propos recueillis par Elizabeth THERA

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