MENDICITÉ ET PROMENADE DES JUMEAUX A BAMAKO : UNE AUTRE FORME D’EXPLOITATION DES ENFANTS ?

Sous le prétexte de la pauvreté, toutes les mauvaises pratiques se passent dans l’indifférence générale. Il s’agit ici de la mendicité à travers ce qu’on appelle la « Promenade des jumeaux » (filles ou garçons). Le phénomène devient un véritable casse-tête à Bamako. Aucune réaction de la part des autorités ni des associations de la société civile évoluant dans le domaine de la protection des droits des enfants pour mettre fin au calvaire de ces innocents. On y rencontre des enfants de tout âge ne jouissant d’aucune protection. Ceux qui ont l’âge d’aller à l’école flânent entre les rues.

Se promener avec des jumeaux ou des jumelles, voire l’un et l’autre sexe, n’est pas une pratique nouvelle au Mali, mais en faire un business devient normal sous le couvert de la pauvreté. Le phénomène est visible un peu partout, dans les quartiers ou sur les grandes artères du District de Bamako. Mal perçu par certains pour tout ce que cela entraine en termes de détérioration des conditions de vie de ces enfants, pour d’autres, c’est une aubaine pour ceux qui doivent faire des sacrifices. Une triste réalité. Très difficile de sortir, sans rencontrer une ou des femmes accompagnées de jumeaux (filles ou garçons) d’âges différents dans la circulation de Bamako et des grands centres urbains, qui font la mendicité et ce, durant toute la journée.

Cette activité est une forme cachée d’exploitation des enfants, surtout qu’on y trouve des enfants de même âge présentés comme des jumeaux. Certaines femmes empruntent de vrais jumeaux avec leurs parents contre une recette plus ou moins juteuse à la fin de la journée. Tout le monde est interpellé ici, afin d’éviter à ces enfants un avenir raté, qu’ils ne soient pas un jour indexés et traités comme des enfants de la rue ?  Quelle est la part de responsabilité des pères qui laissent faire ? Sont-ils complices ?

Toutes ces interrogations interpellent combien il est important de s’assumer devant ce phénomène qui prend de l’ampleur ces derniers temps dans la capitale malienne.

Cette pratique se fait dans les endroits où l’affluence est grande notamment, dans les marchés, dans les lieux de cultes et sur les grandes artères de la ville.  S’il arrive à un simple passant, de demander à ces femmes si leurs époux ne peuvent pas subvenir aux besoins familiaux qui les poussent à promener leurs enfants elles refusent de répondre.

 

De tradition, se promener avec des enfants jumeaux ou jumelles se faisait dans plusieurs localités du Mali. Certains traditionnalistes la mettent dans le moule de la culture du pays. On passait de famille en famille avec les jumeaux pour demander l’aumône. Par ce geste les enfants seraient à l’abri de certaines maladies enfantines. Actuellement, la pratique ne semble plus à dans son contexte d’antan et devient quasiment un métier pour certaines femmes qui font délibérément de ces enfants, leurs sources de revenus.  Et les conséquences qui en découlent sont alarmantes. Ces enfants ne sont pas scolarisés. Ceux qui grandissent la rue et qui y prennent goût deviennent, généralement, des enfants de la rue, additifs aux stupéfiants, deviennent des bandits de grands chemins ou sont enrôlés par des groupes armés terroristes par les temps qui courent.

Enfin, un sentiment passif vis-à-vis du phénomène semble perceptible en grande partie, chez les décideurs politiques, tout comme au sein de l’opinion publique et d’autres organisations évoluant dans le domaine de la protection des droits des enfants. Et avant que d’éventuelles mesures ne soient prises

pour bannir ce type d’exploitation des enfants dans les rues de Bamako, les jumeaux continuent d’être utilisés comme des mendiants à des fins mercantiles.

Yacouba COULIBALY

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