Le dimanche 10 mai 2026, Bamako s’est transformée en sanctuaire de la mémoire. À l’occasion de la 32ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, officiels maliens, diplomates et diaspora rwandaise se sont unis pour un hommage solennel. Entre recueillement et engagement géopolitique, cette cérémonie a réaffirmé une promesse commune : plus jamais l’ombre, plus jamais le silence.
L’atmosphère était empreinte d’une dignité lourde de sens dans les salons de l’hôtel Radisson Collection. Face à plus de 250 invités, la flamme du souvenir a brillé pour rappeler l’irréparable: en 1994, plus d’un million de vies étaient fauchées en seulement 100 jours. Sous le thème « Se souvenir, bâtir, ensemble », ce Kwibuka 32 à Bamako n’était pas qu’une simple cérémonie de deuil, mais un manifeste pour la vigilance continentale.

Le Mali, un allié contre l’oubli
Représentant le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi GOÏTA, le ministre Ismaël Wagué a porté un message d’une fermeté absolue. Pour Bamako, la tragédie rwandaise n’est pas une douleur étrangère, c’est une leçon universelle.« Le Mali se tient aux côtés du Rwanda pour que la vérité historique demeure un rempart contre la barbarie », a martelé le Général de Corps d’Armée. Condamnant fermement le négationnisme, il a érigé le modèle de réconciliation rwandais en exemple pour les nations sahéliennes en quête de stabilité. Cette proximité s’est d’ailleurs concrétisée récemment par la signature de vingt-deux accords de coopération, scellant un axe Bamako-Kigali plus fort que jamais.
L’alerte face aux nouveaux périls
Si le passé a été honoré par le rituel des bougies et la projection du documentaire poignant « Du désespoir à l’espoir », l’actualité n’était jamais loin. S.E.M. Festus Bizimana, Ambassadeur du Rwanda, a profité de cette tribune pour lancer un cri d’alarme contre les discours de haine qui ressurgissent dans la région des Grands Lacs, notamment en RDC.

Pour le diplomate, le combat change de visage mais reste le même : « À l’heure de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, la lutte contre le révisionnisme est un combat de chaque instant ». Un constat partagé par Hanaa Singer-Hamdy, Coordonnatrice des Nations Unies, qui a réitéré les regrets de l’organisation pour son inaction passée, appelant à transformer les slogans en réalités tangibles.
La résilience pour boussole
Au cœur de l’événement, la voix de la diaspora a rappelé que la mémoire est un pont entre les générations. Mme Alida Faraya, représentante de la communauté rwandaise au Mali, a insisté sur le rôle de la transmission : « Se souvenir, c’est rendre hommage aux disparus, mais c’est aussi transmettre la vérité aux jeunes afin que de telles atrocités ne se reproduisent plus ».

En s’achevant sur la signature du livre d’or, cette 32ème commémoration a laissé derrière elle une certitude : du traumatisme de 1994 est née une nation résiliente. En s’inclinant devant les victimes, le Mali et le Rwanda ont envoyé un message clair au reste de l’Afrique : la fraternité est le seul rempart efficace contre l’obscurantisme.
Aissetou CISSÉ






