HAUSSE STUPÉFIANTE DES VIOLATIONS GRAVES COMMISES CONTRE LES ENFANTS DURANT LES CONFLITS SELON UNE NOUVELLE ANALYSE DE L’UNICEF

Dans un communiqué de presse parvenu à notre rédaction, l’UNICEF nous parle de son nouveau rapport  publié aujourd’hui 28 juin 2022, qui éclaire sur les violations graves commises contre les enfants. Ledit rapport indique qu’entre 2005 et 2020, les Nations Unies ont vérifié plus de 266 000 violations graves commises contre des enfants par des parties aux conflits dans plus de 30 situations de conflit en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique latine…

Selon Les Nations Unies, le chiffre 266 000 ne représente qu’une fraction des violations présumées, car les contraintes d’accès et les problèmes de sécurité, entre autres, conjugués au sentiment de honte, de peur et de détresse dont souffrent les enfants et les familles ayant survécu à ces violations, entravent souvent le signalement, le recensement et la vérification des violations graves commises contre les enfants dans les situations de conflit armé.

L’Afrique de l’Ouest et du Centre est la région qui compte le deuxième plus grand nombre de violations vérifiées depuis 2005, avec plus de 67 000 violations graves vérifiées, ce qui représente un quart de toutes les violations dans le monde. Dans la région du Sahel central (Burkina Faso, Mali et Niger), les conflits et l’insécurité ont été les principaux facteurs de déplacement des populations, exposant les enfants à un risque accru de violations graves. Dans ces trois pays, le nombre de violations graves vérifiées a augmenté de 40 % au premier trimestre de 2022 par rapport au dernier trimestre de 2021. Des centaines de civils, dont des enfants, ont été tués lors de récentes attaques au Burkina Faso et au Mali.

Pour illustration

Comme Daouda*, 83 enfants associés aux forces et groupes armés ont été identifiés, démobilisés dans la région de Tombouctou et soutenus par l’UNICEF et ses partenaires en 2021 pour entamer une nouvelle vie.

Julie Crenn/Photo UNICEF/Kéïta

Selon ce rapport, intitulé 25 ans de travail en faveur des enfants dans les conflits armés : Prendre des mesures pour protéger les enfants en temps de guerre, en Afrique de l’Ouest et du Centre, entre 2005 et 2020, plus de 7 600 meurtres ou mutilations d’enfants dans des situations de conflit armé ont été vérifiés ; plus de 42 000 cas de recrutement et d’utilisation d’enfants par des parties à un conflit ont été vérifiés ; au moins 4 800 cas d’enlèvements d’enfants par des parties aux conflits ont été vérifiés ; au moins 8000 enfants ont été violés, mariés contre leur gré ou exploités sexuellement par des parties belligérantes, ou ont subi d’autres formes graves de violence sexuelle. Les Nations Unies ont vérifié plus de 2 500 attaques contre des écoles et des hôpitaux et vérifié pas moins de 1 900cas de refus d’accorder un accès à l’aide humanitaire aux enfants depuis 2005.

Dans la plupart des zones de conflit de la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, les civils continuent d’être pris pour cible. Cela inclut le ciblage délibéré des travailleurs humanitaires qui ont de plus en plus de difficultés à fournir des services et des fournitures de première nécessité aux enfants dans une grande partie du Sahel central ainsi que d’en d’autres zones de la région touchées par le conflit.

« Derrière chacune des violations détaillées dans le rapport se cache un enfant, sa famille et les membres d’une communauté dont les vies sont brisées, parfois pour toujours. Nous ne pouvons pas rester indifférents et silencieux. Le meurtre, l’enlèvement et le viol de filles et de garçons sont des crimes horribles. L’augmentation du nombre de violations graves vérifiées dans le Sahel central au cours du dernier trimestre et leur impact dévastateur sur le bien-être des enfants montrent la nécessité et l’importance de poursuivre nos efforts pour apporter des secours aux victimes et plaider pour leur arrêt immédiat. Les attaques contre les civils, y compris les enfants, doivent cesser et toutes les mesures pour leur protection, y compris pendant les opérations militaires, doivent être prises », a déclaré Marie-Pierre Poirier, directrice régionale de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Se fondant sur des informations recueillies pendant 16 ans dans les rapports annuels du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, ce rapport illustre l’impact des conflits armés sur les enfants pendant cette période, en présentant l’évolution des violations graves dans le monde et au fil du temps. Il aborde la façon dont les informations relatives aux cas avérés de violations graves sont exploitées pour répondre aux besoins des enfants et étudie comment le dialogue avec l’ensemble des parties aux conflits (qu’il s’agisse d’acteurs étatiques ou non étatiques)[2] peut prévenir et faire cesser les violations graves.

Le nombre de violations vérifiées chaque année est en augmentation constante depuis 2005[3], dépassant pour la première fois les 20 000 en un an en 2014 et atteignant les 26 425 en 2020. Entre 2016 et 2020, la moyenne des violations graves vérifiées dans le monde s’est élevée à 71 par jour, un chiffre alarmant. Ce chiffre élevé prouve l’impact dramatique que les conflits armés ont sur les enfants, au même titre que les crises de plus en plus complexes et prolongées[4] qui mettent à mal leur protection.

Le rapport souligne que de nombreux enfants sont victimes de plus d’une violation, ce qui accroît leur vulnérabilité. Par exemple, les enlèvements se doublent souvent d’autres violations, en particulier du recrutement et de l’utilisation des enfants et de violences sexuelles à leur égard. Les enfants (surtout les filles) qui ont été enlevés et/ou associés à des parties à un conflit sont particulièrement exposés aux risques de violences sexuelles, notamment de viol, d’exploitation sexuelle et de mariage forcé.

Le rapport constate en outre que des violations graves commises contre des enfants ont été perpétrées par des acteurs étatiques ou non étatiques soulignant l’importance de dialoguer avec l’ensemble des parties au conflit pour prévenir et faire cesser les violations commises contre les enfants.

Pour renforcer le principe de responsabilité, les parties aux conflits figurant sur les listes en annexe du rapport annuel du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés élaborent et mettent en œuvre des plans d’action qui comprennent des actions spécifiques, concrètes et assorties de délais visant à établir des mesures pérennes afin de protéger les enfants des répercussions du conflit. Entre 2005 et 2021, en Afrique de l’Ouest et du Centre 16 plans d’action au total ont été signés par des parties belligérantes dans 6 situations de conflit. 14 \ plans d’action ont été signés avec des acteurs non étatiques, et 2 avec des acteurs étatiques. Le rapport présente plusieurs exemples qui soulignent l’importance capitale et l’impact majeur des plans d’action pour susciter des changements positifs en faveur des enfants, tant dans l’immédiat qu’à long terme, et qui présentent les difficultés et les obstacles rencontrés.

La protection des enfants dans les situations de conflit armé pose aujourd’hui des défis sans précédent en raison de nombreux facteurs, à savoir, notamment : le nombre croissant d’acteurs armés non étatiques, l’élaboration et l’emploi de nouveaux moyens et méthodes de combat, ainsi que l’utilisation d’engins explosifs improvisés et d’autres armes explosives, en particulier dans les zones peuplées.

Il est important de remarquer que l’augmentation du nombre de violations vérifiées au fil du temps témoigne par ailleurs de l’efficacité croissante du mécanisme de surveillance et de communication pendant cette période. L’élaboration d’orientations sur la surveillance et la communication de l’information, la formation et le renforcement de la capacité du personnel des Nations Unies et de ses partenaires à recenser et consigner les violations graves, ainsi que la sensibilisation des familles et des communautés aux risques en matière de protection pour les enfants, sont autant d’éléments qui ont contribué à renforcer le mécanisme, tout en lui permettant de recueillir davantage d’informations sur les violations graves commises contre des enfants.

Même si la capacité des Nations Unies à recenser et à vérifier les incidents relevant de violations graves s’est accrue au fil du temps, elle varie d’une année à l’autre et en fonction de la situation et du type de violation. À cet égard, et compte tenu de ce qui précède, toute tentative de comparaison directe entre les situations de conflit, les années ou les types de violation doit être entreprise avec prudence.

« Des crises humanitaires majeures continuent de se dérouler à travers l’Afrique de l’Ouest et du Centre. La situation au Cameroun, en République centrafricaine et en République démocratique du Congo, ainsi que les crises humanitaires qui affectent plusieurs pays, notamment dans la région du Sahel central et du bassin du lac Tchad, ont des conséquences dévastatrices sur les enfants et les communautés. Au-delà des conséquences pour les victimes, les violations graves des droits de l’enfant s’accompagnent souvent de déplacements massifs de population qui augmentent la vulnérabilité de milliers de personnes et exposent davantage d’enfants à d’autres risques de violence », a déclaré Mme Poirier.

Les recommandations du rapport, fondées sur les preuves et les analyses présentées, visent à mobiliser l’ensemble des parties prenantes concernées, notamment les parties aux conflits, les États et le Conseil de sécurité de l’ONU, afin de protéger efficacement et durablement les enfants et d’accélérer les actions à l’échelle locale, nationale, régionale et mondiale.

En plus d’appeler les parties belligérantes et les États à respecter les obligations qui leur incombent en vertu du droit international humanitaire et des droits humains, le rapport comprend des recommandations sur :

  • la manière de fournir des services de prise en charge et d’intervention adéquats aux enfants affectés par un conflit ;
  • la manière d’améliorer la ventilation et l’analyse des données pour mieux prévenir et intervenir ;
  • la manière de soutenir les équipes spéciales de pays (surveillance et information) pour accélérer l’adoption des mesures pertinentes et améliorer leur collaboration avec les gouvernements ;
  • la manière d’instaurer un meilleur dialogue avec l’ensemble des parties aux conflits en vue d’élaborer des plans d’action et de protéger durablement les enfants.

Source :UNICEF

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