EXTRÉMISME RELIGIEUX : À KATI L’APPC MISE SUR LE DIALOGUE

Dans un contexte marqué par l’insécurité et la montée des discours radicaux au Mali, plusieurs acteurs communautaires tentent de renforcer les mécanismes locaux de prévention de l’extrémisme religieux. À Kati, l’Association pour la Promotion et la Participation Citoyenne (APPC) a choisi d’agir à travers la sensibilisation, le dialogue interreligieux et la mobilisation des jeunes et des femmes.

Depuis plusieurs années, l’organisation mène des activités visant à promouvoir la tolérance, la coexistence pacifique et la cohésion sociale. Pour son président, Boubacar Diallo, la prévention reste l’une des réponses les plus efficaces face aux tentatives de recrutement des groupes extrémistes, qui ciblent souvent les jeunes fragilisés par le chômage, la désinformation ou le manque de perspectives.

« Nous avons compris qu’il fallait agir avant que les jeunes ne tombent dans les réseaux de manipulation. La sensibilisation et l’éducation citoyenne sont des outils essentiels », explique-t-il.

Parmi les initiatives mises en œuvre figure un forum de trois jours ayant réuni de jeunes leaders venus de plusieurs pays africains autour des questions liées à l’extrémisme religieux et à la paix sociale. Les échanges ont débouché sur des recommandations adressées aux autorités des pays participants et ont permis de créer des réseaux de collaboration entre acteurs communautaires, religieux et associatifs.

Selon les responsables de l’APPC, cette approche favorise le partage d’expériences locales et le renforcement des capacités des participants en matière de prévention des discours de haine et de promotion du vivre-ensemble. L’association affirme également avoir mis en place un réseau de relais communautaires composé de femmes et de jeunes filles issus d’une cinquantaine d’associations locales.

Pour l’Imam El Hadj Hama Maïga, membre de l’IMAMA, la lutte contre l’extrémisme passe aussi par un discours religieux axé sur la paix et la tolérance. « L’islam enseigne le respect de l’autre et la coexistence pacifique. La foi ne doit jamais être utilisée pour justifier la haine ou la violence », souligne-t-il. Selon lui, les leaders religieux ont un rôle central à jouer pour déconstruire les amalgames et promouvoir l’entente entre communautés.

Même constat du côté des responsables chrétiens. Daniel Coulibaly, représentant de la Conférence épiscopale, estime que la tradition malienne de coexistence entre musulmans, chrétiens et adeptes des religions traditionnelles constitue un atout important dans la prévention des tensions religieuses. Il plaide pour davantage de rencontres multiconfessionnelles afin de préserver « la pédagogie du vivre-ensemble ».

Les femmes apparaissent également comme des actrices clés dans cette stratégie de prévention. Pour Mme Diakité Djénébou Sangaré, présidente des femmes leaders de Kati, leur rôle dans l’éducation familiale et la médiation sociale peut contribuer à réduire les risques de radicalisation. « Les femmes transmettent les valeurs de tolérance, d’éducation et de cohésion sociale. Elles doivent être davantage impliquées dans les initiatives de prévention », affirme-t-elle.

Si ces initiatives locales ne suffisent pas à elles seules à enrayer le phénomène, leurs promoteurs estiment qu’elles permettent de créer des espaces de dialogue dans des communautés souvent fragilisées par les tensions sociales et sécuritaires. À Kati, l’expérience de l’APPC illustre ainsi une approche basée sur la prévention communautaire plutôt que sur la seule réponse sécuritaire.

Mady TOUNKARA

Ce reportage est publié grâce au soutien de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas, à travers le FAMOC, dans le cadre du projet, lutte contre les extrémismes à travers le journalisme de solutions.

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