Ce mardi 24 juin 2026, la Faculté des Sciences Administratives et Politiques (FSAP) a accueilli une initiative phare de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). En présence de figures clés, dont Mme Maïmouna Dioncounda Dembélé Présidente de la sous-commission des droits de l’homme à la CNDH ; le Pr Cheick Hamala Touré, Doyen de la FSAP) et M. Dramane Ayouba Diallo , représentant du DCAF. Les étudiants se sont rassemblés autour des textes juridiques ancestraux. L’objectif est double : s’affranchir des seuls modèles occidentaux et puiser dans l’histoire malienne les fondements de l’État de droit de demain.
Un ancrage universitaire
L’espace universitaire s’impose désormais comme le lieu privilégié pour forger la conscience de la jeunesse malienne. C’est dans ce cadre que la CNDH a organisé une session de sensibilisation majeure sur les origines endogènes des droits de l’homme. Créée par la loi en 2016, la CNDH s’appuie sur trois piliers fondamentaux : promouvoir les droits humains sur tout le territoire, protéger activement les citoyens contre les abus et prévenir la torture.
Pour cette initiative, l’institution a bénéficié de l’appui stratégique du Centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité (DCAF), grâce à un financement du Royaume-Uni.
Lors de la conférence, Maïmouna Dioncounda Dembélé a porté la voix de la CNDH. À ses côtés, M. Dramane Ayouba Diallo a salué le rôle irremplaçable de la commission dans la protection de la dignité humaine, tout en rappelant le but du DCAF : élargir ce programme pilote à d’autres universités et structures communautaires. Le représentant du DCAF s’est d’ailleurs félicité de la dimension inclusive de l’événement, marqué par une participation équitable, passionnée et interactive des étudiantes et des étudiants lors des échanges.
L’héritage de Kouroukan Fouga
Le cœur du débat repose sur un constat clair. Le récit historique dominant présente l’Europe — à travers la philosophie des Lumières ou la Déclaration de 1948 — comme le berceau unique des droits de l’homme. Selon Mme Dembélé, cette idée reçue pousse certains citoyens à rejeter ces concepts, les jugeant étrangers à leurs réalités. Or, l’appropriation des droits est bien plus forte lorsque les populations savent qu’ils proviennent de leur propre culture.
La réalité historique montre que le Mali théorisait le respect de la vie humaine bien avant l’introduction du droit moderne occidental. Dès le XIe siècle à Kangaba, puis au XIIIe siècle à travers le Manden Kalikan (la Charte des chasseurs) et la célèbre Charte de Kouroukan Fouga, le droit local posait des règles de médiation et de respect de la personne humaine. Cet ancrage prouve que les droits humains découlent de dynamiques sociales mondiales et plurielles, dont l’Afrique est un acteur pionnier.
Fierté des étudiants
Dans l’amphithéâtre, l’émotion et la satisfaction étaient palpables. Lors d’interviews exclusives accordées en marge de la conférence, les étudiants ont partagé leur ressenti face à cette démarche inédite.
Melle Dialia Sogodogo, étudiante à la Faculté de droit public, a exprimé une opinion tranchée : elle déplore le fait que le système éducatif actuel mette massivement en avant les sources occidentales au détriment du patrimoine local. Pour elle, redécouvrir ces textes ancestraux suscite une profonde fierté civilisationnelle qui permettra aux futurs juristes de nuancer les apports du droit international.
Ce sentiment est pleinement partagé par Amadou Ongoïba, étudiant en sciences juridiques. Interrogé juste après la séance, le futur juriste a confié son émotion et a souligné le contraste saisissant entre l’enseignement académique classique et la richesse des réalités maliennes. Inspiré par la découverte de la Charte de Kouroukan Fouga, il plaide désormais ouvertement pour une réforme en profondeur des programmes universitaires.
Innover pour l’avenir
Cette démarche scientifique ne vise pas une simple nostalgie du passé. Elle s’inscrit dans une dynamique d’action. Le Pr Cheick Hamala Touré, doyen de la FSAP, a rappelé que le droit reste la «colonne vertébrale du vivre-ensemble ». Sans lui, la société bascule dans la loi de la jungle. Face à la crise actuelle, interroger l’histoire du Mali par une approche diachronique permet de comprendre comment nos ancêtres protégeaient déjà les libertés fondamentales.
Le doyen a profité de l’occasion pour orienter les étudiants en science politique vers une innovation majeure de la Constitution du 22 juin 2023 : l’introduction de la Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC). Ce nouvel outil, qui permet à la Cour constitutionnelle de mieux protéger les libertés des citoyens, fera l’objet de futures recherches en partenariat avec la CNDH.
L’enjeu est désormais de passer de la tradition orale à des outils législatifs concrets, en intégrant les valeurs de Kouroukan Fouga et des manuscrits de Tombouctou dans le droit positif malien. En bousculant les idées reçues, la CNDH et l’université forment les cadres éthiques de demain. Ces jeunes professionnels seront les futurs ambassadeurs du vivre-ensemble, capables de faire vivre cet héritage pour contrer l’extrémisme violent et les discours de haine.
Aissetou CISSÉ







