«UN AUTRE BLANC» DE SALIF KEITA : FINIR EN BEAUTE POUR S’ENGAGER PLUS POUR LES ALBINOS

 «Un autre blanc» sera-t-il le dernier album du Rossignol de la musique mandingue? C’est ce qu’a annoncé en tout cas Salif Kéita qui, visiblement, souhaite s’investir davantage dans la défense des droits des albinos. C’est ainsi que Bamako va abriter en novembre prochain un Forum international sur l’albinisme. Une initiative de l’artiste et de Global Fondation qui porte son nom. Quant au baptême du nouvel opus, il donnera lieu à un méga-concert gratuit à Fana en hommage à Ramata, une fillette albinos victime de crime rituel en mai 2018.

Accentuer la sensibilisation pour le changement des mentalités envers les albinos ! C’est le combat que Salif Kéita veut désormais mener en mettant en berne sa carrière internationale. Selon lui son dernier opus, «Un autre Blanc», marquerait sans doute la fin de celle-ci ou à la rigueur une pause humanitaire pour pousser la société malienne et les décideurs du pays à faire de la protection et la promotion des albinos une priorité nationale.

L’artiste et sa fondation étaient devant la presse le 18 septembre dernier pour lancer une campagne de sensibilisation en faveur du changement des mentalités et des comportements envers les albinos. Un projet mûri par l’auteur/compositeur/interprète Salif Kéita suite à l’assassinat de la petite Ramata Diarra (5 ans) à Fana (région de Koulikoro) la nuit du samedi 12 au dimanche 13 mai 2018. Pour Coumba Makalou Kéita, présidente de Salif Kéita Global Foundation, «c’est un combat qu’entend mener désormais la Fondation pour que cet acte ignoble ne se reproduise plus jamais».

La jaquette de « Un Autre Blanc » de Salif Kéita. jpg

«Nous intervenons auprès du gouvernement malien pour dire: plus jamais ça», a martelé Salif en faisant allusion au meurtre de Ramata Diarra. Et de préciser, «nous n’allons pas baisser les bras. Nous avons pris des gens qui voulaient amener des albinos pour les sacrifier. Nous les avons amenés à la police. Mais, après, nous avons appris qu’ils ont été libérés. Nous allons donc continuer à nous battre pour que ces crimes cessent».

Pour les intervenants, il est plus que temps que les décideurs du pays et d’Afrique prennent conscience de la nécessité d’élaborer un Plan national pour sauvegarder et améliorer la vie des personnes atteintes d’albinisme au Mali. Une tâche à laquelle le Rossignol et sa fondation œuvrent depuis des années.

«Être albinos au Mali est un parcours de combattant», a déploré Mamadou Sissoko conférencier et membre de la Fédération maliennes des Associations de personnes atteintes d’albinisme en Afrique de l’Ouest. Selon lui, au Mali, les albinos ont encore des problèmes pour se marier, pour avoir un travail ou se maintenir à leur poste.

«Ce qu’il faut pour protéger les albinos, c’est un plan spécifique, car il s’agit d’un problème spécifique», a proposé le conférencier souhaitant l’adoption d’un «Plan national pour sauvegarder et améliorer la vie des personnes atteintes d’albinisme au Mali».

Pour améliorer la vie des albinos, Global Foundation propose un plan en dix points. Il s’agit, entre autres, d’établir un Plan d’action national sur l’albinisme ; de désigner un Haut représentant au sein du gouvernement ; d’améliorer la sûreté et la sécurité des personnes atteintes d’albinisme ; d’enquêter de manière approfondie afin d’intenter des poursuites judiciaires sur les attaques ; d’assurer l’accès à la santé pour les albinos…

Et pour mener la réflexion sur des solutions pérennes, Bamako va abriter un Forum international sur l’albinisme le 15 novembre 2018 à Bamako. Deux jours plus tard (17 novembre), Fana va accueillir le méga-concert de dédicace de «Un autre Blanc», le nouvel album du «Cheval Blanc» de Djoliba dont la sortie mondiale est annoncée pour le 26 octobre 2018.

«Un autre blanc ! Ça veut dire que je suis albinos, je suis blanc de peau, Africain de sang et de pensée», a expliqué Salif Kéita à la presse. Et d’ajouter, à l’attention des albinos, «j’ai un autre regard de Blanc sur l’Afrique, qui n’est pas le regard des vrais Blancs. Donc, je suis votre Blanc, j’œuvre pour votre cause».

UN BONHEUR ATTENUE PAR L’ANNONCE DE FIN DE CARRIERE

Si les mélomanes sont heureux d’accueillir ce nouveau «bébé» de leur idole, ils sont aussi tristes à l’idée que cet opus risque d’être le dernier album de sa carrière musicale. «J’aurai 70 ans en 2019. Je n’ai plus de force pour faire un album, et vraiment, je suis fatigué. Les bus, les avions, les trains…Je n’ai plus la force pour ça ! Vraiment, je vais prendre mes distances par rapport à tout ça», avait affirmé la star à la sortie du single, «Tonton», dont le clip flirte déjà avec le sommet des hits des chaînes de musique et sur les réseaux sociaux.

L’un des plus célèbres albinos du monde a soufflé sur ses 69 bougies le 25 août 2018. En effet, Salif Kéita a vu le jour à Djoliba (Kangaba, région de Koulikoro) le 25 août 1949. A noter que c’est un album de dix titres avec (Wèrè Wèré, Syrie, Tonton, Itarafo en feat. avec Angélique Kidjo et MHD, Diawara Fa en feat. avec Yemi Alade, Bah Poulo, Tiranke, Lerou Lerou, Gnamale en feat. avec Ladysmith Black Mambazo et Mansa Fo La en feat. avec Alpha Blondy).

Si cela peut rassurer les mélomanes, notamment les fans du Rossignol de Badougou Djoliba, ce n’est pas la première fois qu’il a annonce sa volonté de mettre fin à sa carrière musicale. En en effet, «Talé» était supposé être son dernier album comme il l’avait annoncé en novembre 2012 à Paris.

«Après Talé, mon dernier album, je voudrais mettre un terme à ma carrière musicale», avait annoncé Salif Kéita face à une presse internationale médusée. Mais, pour l’heure, les mélomanes se consolent avec cette production de belle facture qui a enregistré la participation des sommités de la world music (Alpha Blondy, Angélique Kidjo, MHD, Yemi Alade, Ladysmith Black Mambazo…). Et on espère qu’il reviendra sur sa décision au grand bonheur de ces millions de fans à travers le monde.

Rappelons que le 19 juillet 2010, Salif Kéita a été nommé «Ambassadeur» de la paix par Jean Ping, alors président de la commission de l’Union africaine (UA). Et, depuis, il œuvre à soutenir «les efforts de la Commission pour résoudre les conflits et promouvoir la paix sur le continent» !

Moussa Bolly

UNE PRESTIGIEUSE DISCOGRAPHIE

«Un disque, c’est comme un enfant. On se fiche qu’il soit beau ou pas. L’important, c’est d’avoir fait ce qu’on voulait faire. On va l’élever et le défendre pour lui donner le chemin de la gloire… C’est le fruit de l’amour. Et l’amour, partout, perce plus fort que les balles d’un fusil», dit souvent le Rossignol en évoquant ses œuvres qui rivalisent de beauté et de réussite en terme de composition et d’arrangements.

En attendant le prochain, si «Un autre Blanc» ne marque pas le clou de cette brillante carrière solo, voici sa discographie.

1987 : Soro (Island record)

1989 : Ko-Yan (Island record)

1991 : Amen (Island record)

1994: Intégrale 1960-1980 (Sonodisc)

1995 : The Mansa of Mali… (Mango)

1995: Folon (Mango)

1997 : Seydou Bathily (Sonodisc)

1998 : Sosie (Night & Day)

1999 : Papa (Capitol Records)

2002: Moffou (Universal Music Group)

2005 : M’Bemba (Universal)

2009 : La Différence (EmArcy Records) 2011 : Anthology : (Universal)

2012 : Talé (Universal avec Philippe Cohen-Solal

2018 : Un Autre Blanc (Naïve Records)

Rappelons que le «Domingo» de la musique malienne a également écrit les bandes originales de deux films, notamment «Yeelen» (1988) de Souleymane Cissé et «L’Enfant Lion» de Patrick Grandperret (avec (Stece Hillage) !

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