AICHA YATABARY THIERO: Femme de sciences et écrivaine

Aïcha Yatabary Thiero est contributrice en santé publique, genre et développement. Elle a commencé son parcours scolaire à Abidjan en Côte d’Ivoire, les études de Médecine (Doctorat) à Bamako au Mali et une spécialisation en santé publique (Master 2) et en affaires humanitaires et coopération internationale (diplôme universitaire de troisième cycle) en France. Aïcha est une femme de sciences, animatrice de son blog “aichayatabary.over-blog.com”, où elle signe des articles scientifiques et quelques nouvelles inédites…! Interview.

NYELENI Magazine : Quel est le lien entre santé publique, genre et  développement durable?

Aïcha Yatabary Thiero : La santé des femmes a des répercussions sur le développement durable et vice versa. Concernant le volet social du développement durable, on sait que le niveau d’éducation à titre d’exemple a une forte incidence sur la santé de la population en général, et sur celle des femmes spécifiquement. En effet, le niveau d’éducation des femmes a des répercussions sur des facteurs divers tels que la diminution des r

isques de morbi-mortalité liés à la grossesse, la prévention du risque d’apparition de certaines affections (paludisme, VIH/Sida) la santé sexuelle et reproductive. De plus, le bon niveau d’instruction des femmes permet de réduire le risque de morbi-mortalité infantile. On sait également que la vulnérabilité économique entraine une insécurité alimentaire qui e

st source de malnutrition chez la femme. Or, la malnutrition elle-même est un terreau favorable à la survenue de multiples maladies infectieuses comme la tuberculose, l’une des premières causes de mortalité dans le monde et surtout dans les pays du sud. Cela veut dire que le risque de faire la tuberculose maladie après exposition à la mycobactérie de la tuberculose est plus grand quand la personne exposée est victime de malnutrition. De plus, dans le cas de la tuberculose, la promiscuité due souvent à la pauvreté est aussi un facteur de propagation de la maladie. Le VIH/Sida est aussi une affection très meurtrière qui touche en premier les femmes (70% des personnes vivant avec le VIH sont des femmes). On sait que la malnutrition favorise la séroconversion concernant cette affection et la sévérité des symptômes. Pour parler du lien entre environnement et plus précisément réchauffement climatique, pauvreté et genre, celui-ci est également évident. Le réchauffement climatique diminue les terres cultivables, les sources d’eau potable entre autres. Or, on sait qu’en zone rurale, les femmes effectuent 70% du travail, des activités agricoles aux travaux domestiques. Le réchauffement climatique a pour principale conséquence en Afrique et en zone rurale, l’insécurité alimentaire. Du fait des pesanteurs sociales, les femmes sont les premières victimes de cette insécurité alimentaire. Les conséquences du réchauffement climatique sur la population générale et sur les femmes en particulier sont tellement nombreuses qu’elles ne pourront pas toutes être débattues ici.

NYELENI Magazine : Quels sont les postes occupés par vous depuis votre doctorat?

Aïcha Yatabary Thiero : Actuellement, je suis médecin-chef adjoint d’un centre de santé chargé de la lutte contre la tuberculose dans une région de la Côte d’Ivoire. En plus des activités de lutte contre la tuberculose en termes de santé publique et de prise en charge clinique, je supervise aussi les activités de lutte contre le VIH dans ledit centre. Avant cela, à la fin de mes études, j’ai effectué plusieurs stages à titre bénévole au niveau d’institutions nationales et d’organismes non gouvernementaux, ainsi que d’hôpitaux et de cliniques privées. J’ai effectué un passage à la Fondation Mondiale Recherche Prévention Sida du Pr Luc Montagnier à Abidjan par exemple. Ensuite, j’ai enseigné pendant quelques temps la santé publique en niveau Master 1 à Bamako, à l’EHESP (Ecole des Hautes Etudes de Santé Publique) sur les thématiques suivantes : santé communautaire, équité-genre en matière de santé publique entre autres. Après cela, j’ai effectué quelques contrats avec ONUSIDA à Abidjan, avant d’occuper mon poste actuel. En outre, je suis contributrice depuis 2015 pour le Think tank du Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire et d’autres sites africains, en matière de santé publique, genre et lutte contre le réchauffement climatique. Je suis par ailleurs Présidente du mouvement Femmes Santé Solidarité Internationale.

NYELENI Magazine : Qu’est ce qui vous à pousser à faire un livre sur “Afrique, développement durable et coopération internationale” ?

Aïcha Yatabary Thiero : J’ai décidé d’écrire mon ouvrage sur le développement durable en Afrique, quand je suis partie du constat que la plupart des livres sur la question se cantonnaient aux questions environnementales. Alors que le développement durable concerne aussi bien les questions d’économie, de social, que d’environnement. Ce livre contient mes propositions de politique concrète pour l’Afrique où j’ai voulu mettre à profit ma pluridisciplinarité. 

NYELENI Magazine : Est ce facile d’être médecin et écrivaine?

Aïcha Yatabary Thiero : Ce n’est pas facile mais cela répond à ma volonté depuis toujours de rétablir l’harmonie lorsque celle-ci est interrompue : l’harmonie dans le corps humain, l’harmonie dans la société.

NYELENI Magazine : Et si on vous demandait en deux paragraphes de résumer ce livre?

Aïcha Yatabary Thiero : Ce livre contient mes articles en matière de santé publique, genre, lutte contre le réchauffement climatique et bonne gouvernance, écrits en trois ans.  Comment circonscrire la vente des médicaments de la rue en Afrique ? Comment faciliter la mise en place de la Couverture Maladie Universelle ? Comment concilier les différentes approches dans la lutte contre le réchauffement climatique (adaptation et atténuation) ? Comment aider les femmes rurales et les femmes productrices de vivriers à participer à l’autosuffisance alimentaire de pays en développement? Quelle nouvelle conscience politique pour la bonne gouvernance en Afrique? Comment favoriser la scolarisation des filles ? La liste n’est pas exhaustive.

NYELENI Magazine : Comment expliquer à ceux qui ne comprennent pas encore le lien entre respect du genre et développement durable en Afrique?

Aïcha Yatabary Thiero : L’on pourrait leur dire que les femmes sont des acteurs majeurs du développement durable : leur rôle en milieu rural a été relevé plus haut en termes d’agriculture, d’élevage, de travaux domestiques, etc. Elles sont également commerçantes, fonctionnaires, ou tout simplement éducatrices, mais bien avant cela, elles sont procréatrices. Malheureusement, bien souvent, leur rôle est limité à l’informel à cause de leur niveau d’éducation qui n’est pas satisfaisant. Aider les femmes à atteindre leur plein potentiel, c’est agir de façon positive pour l’économie régionale, continentale et mondiale. Je voudrais ajouter que les perspectives genre ne devraient pas être envisagées dans une logique d’opposition mais plutôt dans une logique de complémentarité hommes/femmes.

NYELENI Magazine : Parlez-nous de vos autres publications?

Aïcha Yatabary Thiero : J’ai écrit un article dans le magazine scientifique Médecine et Santé Tropicale intitulé « La santé des femmes en Afrique, enjeu majeur des nouveaux ODD ». Je suis également l’auteur du roman « Le banquet des marabouts ». Actuellement, j’ai un projet de roman qui porte sur le vivre ensemble.

NYELENI Magazine : Vos conseils à la jeune génération?

Aïcha Yatabary Thiero : Le travail acharné car seul le mérite et l’effort récompensent durablement.

Propos recueillis par Maïmouna TRAORE

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