VIH-SIDA ET DROITS HUMAINS :  AU MALI, LA LOI PROTÈGE-T-ELLE OU EXCLUT-ELLE ? : L’APPLICATION INTÉGRALE DE LA LOI, UNE NÉCESSITÉ POUR RELEVER LES DÉFIS

Rien d’étonnant de voir que l’opinion nationale ne soit pas unanime sur cette préoccupation tant cruciale, relative à une éventuelle loi qui protège ou exclut le VIH-Sida ainsi que, les droits humains au Mali. Il faut admettre que depuis plusieurs décennies, l’État du Mali participe d’une part, à la ratification d’un certain nombre de lois protégeant les personnes porteuses du VIH-Sida. Et d’autre part, a adopté sur le plan national, régional, des lois visant à préserver les droits humains tout en promouvant les droits de bon nombre de couches sociales pour leur intégration socio-politique et institutionnelle dont les femmes et les personnes déficientes. 

Compte tenu du contexte actuel, il serait normal que les idées soient partagées, mais la loi protégeant ces deux aspects semble être en vigueur au Mali même s’il y a quelques insuffisances à déplorer dans plusieurs localités du pays. Par ailleurs, il est utile de rappeler que le VIH-Sida est loin d’être une simple maladie mais plutôt un véritable problème de santé publique donc la lutte contre elle, ne peut aboutir sans une synergie d’action commune.

Aussi, parlant des droits humains. Ils se résument par un ensemble de mécanisme juridique international qui fait que chaque nation, chaque citoyen se voit obliger de respecter pour le bien de l’humanité y compris la dignité humaine.

Pourquoi le doute plane-t-il autour au Mali sur une éventuelle existence de loi qui protège ou exclut le VIH-Sida et les droits humains ?  En effet, même si le tableau est peu reluisant face aux défis, force est de reconnaitre que le Mali a contribué tant sur le plan national que régional à adopter des lois qui protègent non seulement les personnes atteintes du VIH-Sida, mais également des lois prenant en compte la protection et la valorisation des droits humains. Celle-ci est traduite par la création d’un cadre normatif, institutionnel, politique et économique en faveur de plusieurs couches sociales dont les femmes parmi lesquelles, certaines subissent des violences physiques et des harcèlements.

En ce qui concerne la pandémie du VIH-Sida, les constats révèlent qu’il y a eu d’énormes difficultés dans sa lutte dues à des facteurs socio-politiques et culturels. D’une part, face aux enjeux, l’engagement politique y était critiqué à plein fouet, par un certain nombre de personnes atteintes du VIH-Sida. Pour cause, ces dernières se voyaient non seulement abandonnées en quelque sorte, dans les sociétés qui les ont vu naître mais aussi, faisaient l’objet de stigmatisation impactant leur intégration sociale et professionnelle. En terme clair, ces sentiments de rejet seraient dus au manque de suivi, d’applications des lois leur permettant d’être accompagnées davantage, tant sur le plan psychologique qu’économique.

Par contre, l’on relève qu’au cours des dernières années, des avancées notoires ont été enregistrées dans la lutte contre le VIH-Sida, motivées par l’implication des décideurs politiques et des organisations partenaires évoluant dans le domaine. Ces engagements politiques ont été traduits par la participation du Mali à la prise de certaines décisions importantes et lois contre le fléau dont les victimes se comptent en grande majorité, parmi les jeunes.

Plus particulièrement, il s’agit, de la participation du Mali en concert avec d’autres nations du monde à des conférences et rencontres sous-régionales, régionales, et internationales sur la lutte contre le VIH/SIDA.  Notamment, il s’agit des  décisions prises  sur la  « Déclaration de Lomé sur le VIH/SIDA en Afrique adoptée par la 36ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’États et de Gouvernements tenue à Lomé (Togo) du 10 au 12 juillet 2000 » ; les principes directeurs de la coordination de la lutte adoptés lors de la Conférence Internationale sur le VIH/SIDA (ICASA II) tenue au Kenya en septembre 2003 « Une seule stratégie nationale de lutte contre le SIDA, un seul organe de coordination fort, et un seul mécanisme de suivi-évaluation » ; et  « la Déclaration d’engagement sur le VIH/SIDA adoptée par la Session extraordinaire de l’Assemblée Générale des Nations Unies sur le thème du 25 au 27 juin 2001 » ;   « Le Consensus du Plan d’action Africain : un leadership pour vaincre le VIH/SIDA en Afrique » adopté par le Forum pour le développement de l’Afrique CEA- 2000 ».

De même, s’agissant d’une éventuelle loi qui protège ou exclut les droits humains.  Il est important de souligner que les droits humains ont fait toujours l’objet de protection au Mali. Dans ce cadre, plusieurs lois institutionnelles et règlementaires ont été ratifiées par le Mali en vue de garantir une vie meilleure à toutes les couches sociales. Il s’agit notamment, des lois qui prennent en compte des préoccupations de toutes les catégories sociales y compris les personnes les plus vulnérables dont les femmes et les filles qui semblent les plus touchées à travers le monde.

Pour rappel, depuis plusieurs décennies, le Mali s’est évertué à procéder avec d’autres pays membres des Nations Unies, à la création d’un mécanisme politique, institutionnel en vue de procéder à l’opérationnalisation dissuasive et effective de ces lois fondamentales en faveur des femmes.  À   cet effet, il s’agit entre autres, de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination  à l’égard des femmes(CEDEF ) ; la Convention relative aux droits des enfants (CDE) ; la déclaration et le programme d’action de Beijing ; les Objectifs de développement durable (ODD)en particulier l’ODD 5 relatif à l’égalité des sexes et à  l’autonomisation des femmes et des filles ; le protocole à  la Charte africaine  des droits de l’homme et des peuples  relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo).

Au plan national par exemple, la mise en place par référendum la Constitution du 22 juillet 2023, la loi fondamentale et qui pend en compte toutes les questions liées aux droits et devoirs des citoyens ; le Code pénal, la Loi numéro 2015-052 du 18 décembre 2015 instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives ; la politique nationale genre (PNG) ; le programme national d’éducation aux valeurs sociétales (PNEV), entre autres.

En revanche, au-delà de ces engagements significatifs tant sur le plan régional que national, certains citoyens évoquent le contraire estimant que la protection des droits humains laisse toujours à désirer dans plusieurs localités du Mali.  Et de souligner par exemple, la violation des droits humains par rapport aux cas des violences basées sur le genre, des violences conjugales, de la maltraitance des travailleuses saisonnières, entre autres.

À cela s’ajoute également, la lourdeur de la justice face à une éventuelle répression des présumés auteurs qui s’adonnent très souvent et de façon délibérée, à des crimes répréhensibles contre leurs conjointes ou partenaires et ce, à visage découvert. La plupart des cas relèvent que ces derniers ne laissent aucune trace après leurs forfaits même si les ralliements de communiqués se multiplient pour condamner les faits.

Enfin, à la lumière des avancées et difficultés exprimées par rapport à l’existence de la loi qui protège le VIH-Sida ainsi que des droits humains, l’engagement collectif de toutes les sensibilités du pays y compris la rigueur face à l’application intégrale des différentes lois sont nécessaires. Ceci, afin d’apporter des solutions pérennes et dissuasives pour un Mali prospère et débarrassé de toutes les violations des droits humains dans un environnement où les malades de Sida ne pourraient plus se sentir victimes de préjugés sociaux.

Yacouba COULIBALY  

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