PAIX DURABLE AU MALI : LES FEMMES AU CŒUR DES SOLUTIONS

Réfléchir à la paix durable sans les femmes reste un angle mort que beaucoup continuent d’ignorer. C’est précisément ce constat que la Cellule Genre et Développement du Mali (CELGED-Mali) a voulu bousculer en organisant, ce samedi 3 janvier 2026, une journée d’échanges consacrée à la contribution des femmes dans les processus de paix et de sécurité, mais aussi, la présentation de la formation Genre et Développement de l’institut des hautes études internationales de développement basée à Genève en Suisse. La rencontre s’est tenue au restaurant Le Rocher, à N’Tominkorobougou, et a réuni une trentaine de jeunes femmes et hommes, impliqués dans des initiatives locales de paix et des journalistes. Une journée d’échanges directs, sans détours, consacrée sur l’information sur les formations diplômantes en genre ; à la gouvernance, à la prévention des conflits et à la place réelle des femmes dans les mécanismes de décision.

Selon la première conférencière, Mme Samaké Fatoumata Traoré de CSWA et Alumni « cette formation offre des programmes en Genre et Développement ainsi que, la formation continue et de l’expertise dans le champ des relations internationales et du développement. Elle offre une contribution académique pour le renforcement de cette expertise. L’institution partenaire dans cette formation est l’IPD/AOS, au Burkina Faso. C’est une université des sciences appliquées de développement, basée à Ouagadougou, qui poursuit les mêmes objectifs. Ces deux institutions organisent chaque année des formations diplômantes sur le genre et le développement, à l’intention de nombreux cadres africains » a noté la chargée de formation de CELGED-Mali.

Elle a ensuite présenté le Protocole de Maputo. Et Mme Cissé Aminata Kanssaye (Alumni), a exposé sur l’Agenda Paix et sécurité (la Résolution 1325). Sur ces deux thématiques, les participants-es ont rappelé sans détour que parfois, « ce sont souvent celles qui maintiennent le dialogue quand tout se fracture. Celles qui apaisent les tensions dans les familles, dans les quartiers, dans les villages. Celles qui reconstruisent quand il ne reste presque rien. Et pourtant, quand vient le temps des décisions, leur voix se perd encore trop facilement. »

Ainsi, la Résolution 1325 et le Protocole de Maputo sont des textes connus, mais leur application pose d’énormes problèmes et ils ne sont pas compris dans leur profondeur. Cette journée a permis de les décortiquer, de la ramener au concret. Femmes, paix et sécurité : ce n’est pas un slogan international, c’est un cadre qui devrait changer la manière dont les conflits sont prévenus, gérés, réparés. Le Mali a adopté son premier Plan d’Action National dès 2012. Mais entre les engagements écrits et la réalité vécue, l’écart reste visible, trop visible. Et c’est justement cet espace-là que la CELGED-Mali veut investir. À un moment de la discussion, l’Expertise de CELGED-Mali a été sollicitée pour former les femmes en Genre et Développement avec l’appui notamment, des programmes de l’IHEID de Genève et de l’IPD/AOS de Ouagadougou.

Quant aux barrières limitant la participation effective des femmes, la thématique a été présentée par Maïmouna Tounkara de FID Alumni et Nansa Konaté, Secrétaire général du COFEM et membre. Au fil des échanges, les barrières sont apparues clairement. Culturelles d’abord et Institutionnelles souvent. Économiques et Sécuritaires. Évidemment, rien de nouveau, diront certains, mais  entendre les intéressées. Raconter à la première personne change tout.

Là, les chiffres laissent place aux vécus. Et ça touche. Mme Djeneba Haidara, présidente du Collectif des Femmes du Mali (COFEM) et trésorière de la CELGED-Mali, qui a ouvert la journée d’échanges, n’a pas masqué son émotion à la fin de la séance : « Les facilitatrices ont été à la hauteur. Tout le monde a participé. J’ai entendu de très bons témoignages. Ce qu’elles ont appris ici, elles pourront le restituer. Maintenant, l’attente est claire : la restitution, et surtout le changement de comportement. À tous les niveaux ».  Cette phrase est restée en suspension. Changement de comportement. Pas seulement des discours. Pas seulement des rapports. En quittant la salle, on ne repartait pas avec des réponses toutes faites. Mais avec quelque chose de plus précieux : une conscience renforcée, et l’envie de faire autrement. De prendre la parole, parce que la paix durable ne se construit pas dans le silence des femmes. Elle commence quand on les écoute et quand on leur fait enfin confiance.

Mady TOUNKARA

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