
À Tonka, dans la région de Tombouctou, le nom de Mariam Cissé circule avec une douceur mêlée de colère depuis ce 7 novembre 2025. Cette jeune créatrice de contenu, suivie par un large public sur les réseaux sociaux, a été exécutée publiquement ce jour par un groupe armé. Une disparition brutale qui bouleverse tout un pays déjà éprouvé par les violences répétées dans le Nord.
Nous condamnons cet acte ignoble et lâche, Mariam n’était pas une militante, encore moins une figure politique. Elle filmait la vie quotidienne de Tonka : les rues animées, les traditions, les moments simples qui donnent un visage humain à une ville souvent réduite aux tensions sécuritaires. Son regard était celui d’une jeune femme fière de ses origines, déterminée à montrer que son désert ne se résume pas à l’insécurité. Son succès sur TikTok tenait à cette authenticité. Elle racontait Tonka sans filtre, avec spontanéité, comme on parle d’un endroit qu’on aime. C’est cette visibilité rare, audacieuse qui a fini par lui coûter la vie. Une arrestation arbitraire dans la foire de Echel le jeudi et le vendredi, une exécution qui choque. Selon plusieurs habitants, Mariam a été arrêtée par des hommes armés sous prétexte qu’elle aurait transmis des informations à l’Armée. Une accusation sans fondement, devenue un motif courant pour intimider les civils.
Le lendemain, elle a été exécutée sur la place publique, sous les yeux d’une population paralysée par la peur. Ce geste a dépassé la violence elle-même : il a envoyé un message. Dans certaines zones du Nord, une femme jeune, visible, libre de raconter son quotidien, est perçue comme une menace. La mort de Mariam révèle quelque chose de plus profond : la place fragile des femmes dans les zones de conflit. Dans un contexte où la peur dicte les comportements et où la parole est surveillée, son simple fait d’exister publiquement était un acte de courage. Elle incarnait une génération qui refuse de disparaître derrière les murs du silence imposé. Depuis son exécution, les hommages se multiplient. Des voisins, des amis, des internautes rappellent son sourire, son énergie, sa volonté de montrer une autre image de Tonka.

Son visage est devenu celui d’une jeunesse qui aspire à vivre normalement, loin des armes et des menaces. À Tonka, la sidération a laissé place à une attente : celle d’une enquête, d’une parole officielle, d’un geste qui montre que le meurtre d’une civile ne peut pas rester impuni. Sa famille, elle, demande la seule chose qui puisse apaiser un peu la douleur : la vérité. Mariam Cissé était une jeune femme avec un téléphone, une histoire et une envie simple : partager la vie de sa communauté. Sa mort rappelle la nécessité de protéger la liberté d’expression, surtout lorsqu’elle vient de celles qu’on entend le moins.
Son absence pèse lourd, mais son nom continuera de circuler, non seulement dans les ruelles de Tonka, dans le pays entier, sur les réseaux sociaux, dans les discussions de celles et ceux qui refusent d’accepter qu’une voix comme la sienne puisse disparaître sans conséquence. Mariam n’était pas une héroïne fabriquée, elle était une jeune femme debout. Et c’est précisément ce qui fait d’elle un symbole. Son histoire, tragique et injuste, rappelle une réalité incontournable : le combat pour la sécurité des femmes est aussi un combat pour la liberté du pays. Par ses contenus, elle cherchait à réchauffer les cœurs et remonter le moral des troupes au front, depuis plusieurs années.
Chaque fois que l’on prononcera son nom, chaque fois que l’on racontera qui elle était, chaque fois qu’une autre jeune femme osera publier, parler, créer…Mariam continuera d’exister.
Elle n’aura pas vécu longtemps, juste 22 ans. mais elle aura vécu debout et patriote jusque dans l’âme.
Repose en paix Mariam.
LA RÉDACTION






