Au Mali, la lutte contre le VIH/Sida n’a jamais été une chose facile, même s’il y a eu des avancées importantes dans sa lutte. Son éradication semble impossible sans prendre en compte l’inquiétude relative à la vulnérabilité des femmes face au VIH ((Violences sexuelles, mariages précoces, dépendance économique). Ces aspects qui sont d’ordres socio-économique, culturel et politique interpellent toutes les sensibilités du pays à prendre à bras le corps le fléau.
Avant d’évoquer la question relative à une éventuelle vulnérabilité des femmes face au VIH/Sida au Mali, il est utile de rappeler quelques actions menées dans le cadre de cette lutte dont les avancées, défis et difficultés y ont été consentis partout dans le pays.

En effet, depuis des années, le VIH/Sida a causé des dégâts importants dans beaucoup de foyers maliens et continue toujours de semer de la panique au sein de la population. Ce virus qui, naturellement ne connait pas de distinction par rapport à l’âge, au rang social continue toujours de surprendre les plus sceptiques. La seule chose nécessaire pouvant permettre de vivre sans sida est de pouvoir suivre des mécanismes de protection mis en place par les autorités maliennes à travers notamment, le ministère de la Santé et du développement social ainsi que d’autres structures engagées dans la lutte contre le fléau dont le Haut conseil national de lutte contre le VIH/Sida (HCNLS). Selon les constats, ce qui a contribué à la propagation du virus est liée à la foi, par son incompréhension et l’incertitude manifeste autour de son existence. Toute chose qui a causé des morts chez les jeunes dont les femmes voire les filles y ont été les plus touchées. Elles représentent des couches les plus vulnérables face au VIH/Sida dues à des raisons socio-politique, économique et culturelle,
Face à la dangerosité du phénomène, les autorités maliennes en collaboration avec le Haut Conseil national de lutte contre le VIH/Sida (HCNLS) se sont engagées à faire de ce combat, une des priorités nationales traduites par l’adoption de deux mesures importantes. En terme clair, ces mesures matérialisent la lutte contre le VIH/Sida y compris d’autres maladies contagieuses au Mali. Plus particulièrement, il s’agit de la création du Cadre stratégique national de lutte contre le VIH/Sida 2006-2010, et celle du Plan stratégique national intégré révisé 2023-2026 de lutte contre le VIH/Sida, la tuberculose et les hépatites virales du Mali.
Par ailleurs, pour donner plus de poids à ces engagements politiques affichés, le secrétariat exécutif du HCNLS a entrepris d’énormes activités s’inscrivant dans le cadre de la lutte contre le sida au Mali. Il s’agit notamment, des campagnes d’information, de formation, de compétitions dédiées à récompenser les meilleures productions d’articles à l’endroit des professionnels de médias et de sensibilisation à l’égard des populations, de se protéger surtout de faire le dépistage en vue d’une éventuelle prévention de la maladie, entre autres.
Malgré ces engagements manifestes au niveau national, plusieurs défis demeurent dans le cadre de cette lutte. Selon le secrétaire exécutif du HCNLS Dr Ichiaka Moumouni Koné, le taux de prévalence au Mali fait état de 0,76% contre 1% en 2021. Et d’ajouter que 4 003 nouvelles infections ont été recensées en 2024, contre 5 800 en 2022. Parlant de la prévention de la transmission mère-enfant, M Koné indique que 4 361 femmes enceintes séropositives étaient attendues cette année ajoutant que 2 003 ont été mises sous traitement soit une couverture de 46%. Au total, poursuit-t-il, « 3 236 décès liés au Sida ont été enregistrés en 2024, contre 4 300 en 2022 ».
Par ailleurs, au-delà de ces aspects évocateurs, d’autres inquiétudes axées sur l’inégalité de genre demeure persistantes motivant les acteurs à s’interroger sur le pourquoi les femmes restent toujours les plus vulnérables face au VIH/Sida. Une vulnérabilité qui intervient suite à des violences sexuelles, des mariages précoces et surtout, de la dépendance économique des femmes.
Le premier aspect relatif à la vulnérabilité des femmes face à l’épidémie du VIH /Sida suite aux violences sexuelles expliquerait non seulement, par l’irresponsabilité des auteurs à commettre ces actes abominables mais également, par le manque de mesures dissuasives à leur encontre au sommet de l’État. Aussi, ceci interpelle les femmes à être plus vigilantes dans les endroits où elles seraient plus exposées.
De même, les mariages précoces qui, bien que culturels voire coutumiers chez certaines communautés demeurent un facteur majeur de vulnérabilité de ces femmes face à l’épidémie. Très généralement, ce sont des milieux où les femmes qui sont les premières concernées, n’ont pas de décision encore moins de soutien parental face à d’éventuels mariages précoces souvent mercantiles aux profits des parents. En plus, il se trouve que ces femmes ne décident rien de leurs propres sorts surtout de leur future destinée conjugale devant les parents lesquels, veulent leurs décisions incontestables. Chose qui mériterait d’énormes sensibilisations à leurs endroit. D’autant que les choses ont changé et vouloir imposer une certaine pratique culturelle qui ne rime pas aux réalités du moment pourrait entraver la santé des femmes contribuant ainsi à leur vulnérabilité face à l’épidémie du VIH/Sida.
Aussi, le dernier aspect important lié à la dépendance économique est une triste réalité qui prend malheureusement de l’ampleur dans beaucoup de localités du Mali. Les constats révèlent que certaines de ces femmes qui, par désirs souvent démesurés cherchent à s’autonomiser financièrement et ce, par toutes les voies possibles. C’est ainsi que quelques-unes d’entre elles, s’adonnent délibérément ou non à des activités lucratives incontrôlables notamment, dans les lieux de loisirs, des zones minières, et de conflits, entre autres. Et pour faire face à la dépendance économique de ces femmes, il leurs faudrait non seulement une réelle conscientisation qui relève à la maitrise de soi, en se protégeant contre le VIH même étant dans le besoin économique. Mais aussi et surtout une interpellation aux décideurs politiques, à faire davantage l’autonomisation des femmes, une des priorités dans leurs visions politiques.
Enfin, au regard de ces aspects qui fragilisent davantage les femmes devant le VIH/Sida, une synergie d’action commune semble nécessaire pour faire en sorte que ces femmes qui en ce 21em siècle, ne soient plus être considérées comme vulnérables devant la pandémie.
Yacouba COULIBALY






