AMAFINU : ORPAILLAGE, SANTÉ ET ARGENT PUBLIC… UNE CONFÉRENCE QUI N’A PAS TOURNÉ AUTOUR DU POT.

L’Association malienne des anciens fonctionnaires internationaux des Nations Unies (AMAFINU) a organisé, le 11 décembre 2025, une conférence-débat au siège de l’OMS à Bamako. L’événement, inscrit dans la mise en œuvre du plan d’action 2025, de l’association, a réuni des experts et des acteurs du secteur sanitaire autour de deux thématiques d’actualité : l’impact de l’orpaillage sur la santé et l’environnement, et la mobilisation des financements pour renforcer le système de santé. Les éminents conférenciers étaient les Professeurs Tidiane Diallo et Bah Kéïta.

Le Pr Tidiane Diallo spécialiste en toxicologie a découpé son intervention en trois blocs, mais il les a racontés sans jargon. Pour commencer, l’environnement : il a décrit la Falémé comme un fleuve « qui se fatigue », avec ses berges creusées n’importe comment et une eau qui n’a plus la couleur qu’elle devrait avoir. Les sites d’orpaillage, dit-il, laissent derrière eux des trous béants, des sols lessivés, des nappes polluées et une végétation qui ne repousse plus vraiment.

Puis, il est passé à la santé. Là, le ton s’est un peu durci. Il a parlé des mineurs à mains nues, mal équipés, respirant des poussières qui s’incrustent dans les poumons. Selon lui, personne ne peut feindre la surprise : quand l’environnement décline, la santé suit. Enfin, il a ouvert les perspectives. Pas des promesses vides, mais des pistes simples : des règles appliquées vraiment, pas juste écrites ; des alternatives pour les communautés, comme l’agriculture durable ou la pêche, pour éviter que tout le monde se jette dans les trous à or ; de la sensibilisation locale pour que les populations sachent ce qu’elles risquent ; et un soutien plus fort des ONG et des institutions internationales pour nettoyer les zones déjà abîmées et sauver ce qui peut encore l’être dans le fleuve. Il n’a pas demandé la lune : juste des règles respectées, des contrôles, et surtout une vraie volonté politique pour arrêter de traiter ces villages comme des zones sacrifiables.

Ensuite, le Pr Bah Kéïta, spécialiste des poumons, a pris la parole. Pour lui, le problème n’est pas seulement d’avoir plus d’argent, mais d’éviter que les fonds se perdent dans un dédale administratif qui freine tout. Il a insisté sur le fait qu’un système de santé solide n’attend pas les crises pour réagir : il se prépare avant. Son message était simple : si on veut un secteur sanitaire qui tient debout, il faut des financements stables, mieux gérés, et une coopération qui dépasse les déclarations.

Le public était composé d’anciens cadres du système onusien, de médecins, de techniciens, mais aussi de quelques personnes venues surtout « pour comprendre ce qui se passe réellement » comme l’a glissé une invitée en entrant. L’objectif était clair : informer, mais aussi secouer un peu les consciences. Dans son mot d’ouverture, Mme Kéita Aïda M’Bo a rappelé ce qu’est l’AMAFINU, mais surtout pourquoi l’association continue d’exister. Elle a raconté, presque comme une confidence, comment certains membres conseillent encore d’anciens collègues perdus dans les démarches de pension, comment d’autres soutiennent discrètement des institutions locales en partageant leur expertise quand elles manquent de personnel spécialisé. Elle a aussi rappelé que l’association représente le Mali au sein de la FAFICS, une fédération qui pèse dans les discussions sur les pensions et les droits des anciens fonctionnaires internationaux. Et elle a mis les pieds dans le plat : « On voit notre environnement se dégrader presque à vue d’œil. On voit les conséquences sur la santé. On ne peut plus fermer les yeux ». Elle a remercié les intervenants, en précisant que sans ce type de prise de parole, certaines réalités resteraient « en dessous du tapis» Ce qui ressort de cette conférence, c’est une volonté claire : parler de ce que tout le monde voit, mais que beaucoup ne disent pas assez fort. L’orpaillage, dans certaines zones, met en danger la santé. Le système sanitaire manque d’oxygène financier. Et l’AMAFINU, fort de l’expérience de ses membres, veut contribuer à faire bouger les lignes.

Sory DIAKITÉ

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