METTRE SON ENFANT AU MONDE SUR UN PONT : UNE HISTOIRE DE COURAGE ET DE SOLIDARITÉ.

En route pour livrer une commande à un cliente de l’autre côté sur la rive gauche, N.K s’est retrouvée en travail sur le pont. Mère de trois enfants, habituée aux tâches du quotidien, elle se sentait parfaitement bien. Elle fait sa lessive, s’occupe de la maison, puis sort. De son quartier Niamana à cet endroit, elle ne pouvait pas s’imaginer ce matin du 25 octobre 2025, que son 4ème bébé allait voir le jour-là.

« Je me portais très bien. C’est en rentrant que les premières douleurs ont commencé », explique-t-elle. Elle manque sa cliente, fait quelques achats, puis prend la route du retour. Mais au milieu du pont, son travail commence brutalement : le bébé descend d’un coup. Trop vite. Elle essaie d’appeler des passants à l’aide. Personne ne s’arrête. Elle est seule, debout, en pleine contraction, le bébé déjà visible. La panique s’installe : « Je pensais que c’était mon dernier jour. J’étais debout, je tenais mon bébé dans les mains, et le sang coulait beaucoup ». Puis un geste, change tout. Mme Traoré Ramata Sissoko, qui passait par là, remarque la scène et se précipite. Elle crie, appelle au secours, tente de stopper les véhicules.

C’est son intervention qui attire l’attention d’un jeune homme sur une moto : Nafiou Abdourrahmane, étudiant en santé. Quand il arrive, la situation est critique. Avec calme, il rassure Nabintou, l’allonge, aide à faire venir l’enfant, puis procède à la délivrance. Pendant ce temps, Mme Traoré veille : elle empêche quiconque de filmer, rassemble des couvertures, protège la mère du regard des curieux. Une chaîne humaine se forme, spontanément, autour d’elle. Aujourd’hui, N.K en parle avec émotion : « On ne se connaissait pas, mais maintenant on est très proches. On a même donné son nom à notre enfant. Elle m’a vraiment aidée ».  Une déclaration qui montre à quel point cette épreuve a créé un lien inattendu entre des personnes qui ne se connaissaient pas quelques minutes plus tôt. Heureusement aujourd’hui, la mère et le bébé se portent parfaitement bien. « C’était mon quatrième enfant », précise-t-elle, « mais jamais je n’avais vécu quelque chose d’aussi intense ». Son histoire est celle d’une femme qui s’est battue pour rester debout dans l’urgence, mais aussi celle d’un pays où la solidarité, même dans le chaos du trafic, peut encore sauver des vies.

Sory Diakité

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