
Depuis 2012, le Mali fait face à une crise majeure (défis sécuritaires et politiques, déplacements des populations, problèmes économiques et humanitaires,…). L’extrémisme violent et la radicalisation des jeunes s’invitent aussi et mettent à mal la cohabitation et l’acceptation mutuelle. Des leaders religieux agissent en synergie pour changer la donne. ORFED (Organisation pour la Réflexion, la Formation et l’Education pour la Démocratie et au Développement) y contribue avec le dialogue interreligieux organisé dans le cadre du programme Promouvoir une Paix Durable au Mali (PPDM) mis en œuvre avec EIRENE. D’autres acteurs suggèrent l’implication des femmes et le retour aux valeurs traditionnelles.
Devant une crise multidimensionnelle, les leaders religieux du Mali ont décidé de hausser le ton. Ils se disent conscients de l’ampleur de la situation et ont décidé d’intervenir en synergie. Ainsi, le Haut Conseil Islamique (HCI), l’Eglise évangélique, l’Eglise catholique, la Confédération des Dozos ou Chasseurs du Mali et la société civile ont à l’unisson conjugué les efforts pour un retour rapide d’une paix durable et de la cohésion sociale. Le pari à gagner est de renouer avec un pays jadis considéré comme un modèle de stabilité, de respect de la diversité sociale, linguistique et gardien des sociétés africaines à travers l’emblématique charte de Kurukan Fuga (1236 après JC) qui codifie les droits et devoirs des citoyens et citoyennes de l’empire du Mande et les principes du bon vivre-ensemble. Le message commun des leaders religieux engagé dans cette dynamique s’articule sur le thème « Religion et cohésion sociale au Mali, entre foi, dialogue et résilience ». Leurs prêches s’inscrivent dans cette logique.
Selon Mohamed Macky Bah, Vice-président du Haut Conseil Islamique (HCI), l’islam a comme fondement, la tolérance, la paix et le vivre ensemble. « Tout bon musulman œuvre inlassablement à cultiver et maintenir la quiétude dans la société. Car, l’Islam n’a pas de préférence raciale », rappelle-t-il., « La paix et la cohésion sociale passent avant tout par une bonne pratique de l’islam. Conformément à ses prinicipes, le Haut Conseil milite sans relâche pour instaurer et maintenir la paix dans la société », poursuit l’Imam Bah.
Quant au représentant de la Conférence épiscopale du Mali, Daniel Coulibaly, toutes les religions prônent la paix et cohésion sociale. Et le Mali, héritier des grands Empires multiséculaires et pluriethniques a su faire cohabiter un brassage ethnique et religieux dans un climat de résilience et de respect mutuel. Ce qui évite de bon, le Mali de conflit interreligieux. Aussi, se soutient M. Coulibaly, l’enseignement catholique n’est pas réservé aux seuls chrétiens, aussi longtemps qu’elle prône, comme les autres religions du pays la diversité sociale.
Retourner à la tolérance multiséculaire
Pour contribuer à réduire les tensions et les messages violents entre des membres de confessions religieuses différentes, ORFED a entre autres organisé le 9 mai dernier à Kadiolo une journée de prêche multi-confessionnel sur la tolérance inter-religieuse. Cette activité réalisée en synergie avec la Plate-forme nationale de dialogue inter-religieux a notamment vu la participation des musulmans, chrétiens (catholiques et protestants), les membres des religions traditionnelles ainsi que dix chefs de villages de Kadiolo. Le prêche a été par la suite diffusé sur les radios locales de Kadiolo. L’objectif visé était de prévenir la violence communautaire au moment où certains pensaient qu’il est impossible d’avoir les musulmans et les chrétiens dans un même prêche.
Pour le Coordinateur national du Forum national de la Société civile, M. Modibo Kampo, la religion est un facteur de cohésion sociale, tant qu’elle reste dans les limites de la tolérance réciproque. Pour lui, c’est à cette condition qu’elle renforce l’ordre social et rapproche les communautés. « La tolérance religieuse et le dialogue permanent entre les leaders des différentes confessions religieuses constituent un facteur important pour désamorcer la radicalisation des jeunes et l’extrémisme violent », explique M. Kampo. Il estime que la société civile, peut quant à elle jouer un rôle de catalyseur, de rapprochement et d’apaisement des différents courants religieux en situation d’instabilité. Et pour preuve, rappelle-t-il, en 2023, lors de la campagne référendaire, le Forum des organisations de la société civile (OSC) du Mali a pu trouver un point d’entente entre les leaders musulmans. Ces derniers arrivent toujours à se parler, ce qui prévient des conflits entre différentes composantes de la communauté musulmane.
Et les femmes ne sont pas en reste, dans cette œuvre de rapprochement pour une paix durable. Ainsi, d’après Diakité Djenébou Sangaré, présidente de l’Union des femmes leaders pour le développement du cercle de Kati, la femme joue un rôle crucial pour la cohésion sociale, l’inclusion, la collaboration et la résolution non-violente des différends. « Dans la religion indique-t-elle, les femmes sont celles qui transmettent les valeurs familiales et communautaires. Elles jouent un rôle capital dans l’éducation des enfants, ainsi que la transmission des valeurs morales », fait-elle remarquer.
De son côté, Sidiki Coulibaly, enseignant à la retraite et représentant de la Fédération nationale des chasseurs des communes I et II du district de Bamako rappelle que la cohésion sociale, l’entente et l’entraide sont une réalité au sein de la confrérie des Dozos (chasseurs), car entre eux, chacun est un Chef. « Le respect des aînés, les relations bienveillantes de fraternité, de parenté, d’alliance et de cousinage à plaisanterie (sinangouya), entre grands-parents et petits enfants favorisent également la pratique du dialogue inter-religieux entre les communautés. Aussi, cela cultive le vivre-ensemble, qui a toujours existé au Mali et mérite d’être revitalisé », conclut-il.
Aissetou Cissé, membre de l’Association des Journalistes Reporters du Mali (UJRM)
A noter que cet article s’inscrit dans le cadre du projet « Sous l’arbre à palabre de l’Union des Journalistes Reporters du Mali (UJRM) », avec le soutien technique et financier de l’ONG ORFED, dans le cadre du Programme Promouvoir une Paix Durable au Mali (PPDM), financé par la coopération allemande, à travers le Service Civil pour la Paix (SCP) d’EIRENE.






