Le Centre International de Conférences de Bamako (CICB) a accueilli le 16 juin 2026, le festival de cinéma documentaire « Le Temps de nos héros ». Organisée par la chaîne russe RT et l’agence Initiative Africaine, cette soirée a mis en lumière les enjeux géopolitiques du Sahel et le conflit ukrainien à travers deux projections inédites. Devant un parterre de personnalités, dont des membres du CNT, ces œuvres ont suscité de vifs débats autour de la quête de souveraineté.
L’atmosphère était lourde de symboles et d’émotions ce mardi soir, dans la grande salle du CICB. Devant un public attentif composé d’officiels, de citoyens et de leaders d’opinion, le festival « Le Temps de nos héros » a ouvert une brèche temporelle et géographique. Son objectif : confronter les spectateurs aux réalités brutes de la guerre et des interventions étrangères, du Sahel, jusqu’aux portes de l’Europe de l’Est.
Sahel : l’heure des comptes pour l’opération Barkhane
Le premier choc de la soirée est venu des écrans avec la projection du film « Au revoir la France ». Ce documentaire plonge sans concession le spectateur dans l’ère de la présence militaire française au Sahel, passée au crible des opérations Serval et Barkhane. S’appuyant sur des images d’archives exclusives et des récits de terrain, l’œuvre dresse un bilan sans complaisance de cette décennie d’ingérence.
Dans la salle, le silence s’est fait total, lors de la diffusion des témoignages des rescapés de la frappe aérienne française de Bounti, survenue lors d’une célébration de mariage. Les voix tremblantes mais dignes des victimes survivantes ont conféré au film une valeur de vérité historique brute, transformant la projection en un acte de justice mémorielle indispensable.
De Bamako à Kiev : l’universalité de la souffrance civile
Changement de décor, mais intensité dramatique identique pour la seconde partie du programme. D’une durée de 50 minutes, le long-métrage « Je suis en vie » a opéré un contre-pied géographique radical en transportant l’audience à Kiev.
Tournées dans l’urgence, les séquences de ce film capturent l’horreur quotidienne des populations civiles ukrainiennes ayant échappé aux violences et aux attaques de la capitale. La rigueur journalistique de l’équipe de réalisation se ressent dans chaque plan : ici, pas de mise en scène, mais la parole brute donnée aux survivants. Ce parallèle audacieux met en lumière une réalité universelle : celle des peuples pris en étau dans des conflits qui dépassent leurs frontières.
L’émotion et le message politique du CNT
La qualité cinématographique et la proximité des réalisateurs avec le terrain ont suscité de vives réactions au sein des autorités maliennes présentes. À l’issue des projections, deux membres influents du Conseil National de Transition (CNT) ont pris la parole pour livrer leur ressenti.
L’Honorable Aboubacar Sidiki Fomba, Président de la Commission Santé et du Développement Social, ainsi que l’Honorable Boubacar Sidibé, membre de la Commission Défense Nationale, ont partagé leur profonde émotion avec l’assistance. Selon eux, ces documentaires ne font pas que raviver les blessures profondes endurées par le Mali ; ils interrogent directement les responsabilités historiques des puissances occidentales. Les deux parlementaires ont unanimement salué la résilience du peuple malien, qui a su surmonter ces épreuves pour tracer sa propre voie.
Un espace de réflexion collective
Au-delà de la performance journalistique, cette soirée s’est imposée comme un véritable forum de discussion sur la quête de souveraineté. En donnant la parole aux leaders locaux et aux victimes directes, Initiative Africaine et RT ont offert au public bamakois bien plus que des images : des clés de lecture essentielles pour comprendre les cicatrices du passé et construire l’avenir de la Nation.
Aissetou CISSÉ









