
Aïchata Koné est une militante féministe très active au sein de plusieurs organisations de la société civile, notamment l’Union des Associations et Coordination d’Associations pour le Développement et la Défense des Droits des Démunis (l’UACDDDD D ). C’est un mouvement de la société civile malienne qui regroupe plus de 400 associations et organisations communautaires. Aïssata Koné est engagée dans la justice sociale, les droits des femmes et en particulier, leur accès équitable aux ressources, notamment la terre. Pour elle, militer c’est refuser le silence face aux injustices et porter la voix de celles qu’on n’entend pas assez. Elle a participé à la 2ème conférence internationale sur la réforme agraire du 24 au 28 février en Colombie. Elle nous nous fait le point de cette importante rencontre.
NYELENI Magazine : Parlez-nous de la conférence à laquelle vous avez participé en Colombie
Aïchata Koné : J’ai eu l’honneur de participer à la deuxième Conférence internationale sur la réforme agraire à Cartagena, en Colombie. Cet événement a été un espace puissant de convergence des luttes, réunissant des militantes, des paysannes, des activistes ainsi que, des décideurs venus des quatre coins du monde, tous engagés autour des enjeux fonciers et de la justice sociale. J’y ai également pris part en tant qu’intervenante, en partageant les réalités du continent africain, notamment, les défis liés à l’accès à la terre, les inégalités structurelles et les formes de résistance portées par les communautés.
Ce que je retiens surtout de cette expérience, c’est que, partout dans le monde, les femmes sont en première ligne pour nourrir les communautés, tout en restant les dernières à bénéficier d’un accès équitable à la terre. Cette conférence a ainsi renforcé ma conviction que notre combat est à la fois légitime, global et urgent.
NYELENI Magazine : L’accès à la terre est-il un problème africain ou mondial ?
Aïchata Koné : C’est clairement un problème africain, mais aussi profondément mondial. Au Mali comme dans beaucoup de pays africains, les normes sociales et les systèmes coutumiers continuent d’exclure les femmes de la propriété foncière. Mais cette injustice dépasse nos frontières. Partout dans le monde, les femmes font face à des obstacles structurels, pour accéder à la terre. Cela montre que nous sommes face à un système global d’inégalités. Et c’est pourquoi notre réponse doit être collective, solidaire et internationale.

NYELENI Magazine : Les décisions issues de ce sommet, peuvent-elles servir notre pays ?
Aïchata Koné : Ce sommet nous a permis de renforcer les alliances entre mouvements sociaux et de partager des stratégies concrètes de lutte. Nous repartons avec des recommandations fortes : reconnaître les droits fonciers des femmes, réformer les politiques publiques et surtout inclure les femmes dans les prises de décisions. Pour le Mali, cela signifie qu’il est urgent de transformer les lois en actions concrètes et de garantir que les femmes rurales aient enfin un accès sécurisé à la terre. Ce que nous avons appris doit nourrir nos luttes locales et renforcer notre plaidoyer.
NYELENI Magazine : Votre mot de la fin
Aïchata Koné : Le combat pour l’accès des femmes à la terre est bien plus qu’une revendication sectorielle : c’est un combat fondamental pour la dignité humaine, pour l’équité sociale et pour un avenir plus juste. La terre n’est pas seulement un moyen de production, elle est aussi source d’autonomie, de pouvoir économique, de sécurité alimentaire et de reconnaissance sociale. Refuser cet accès aux femmes, c’est perpétuer des inégalités profondes qui freinent le développement des communautés et des nations.

Aucune société ne peut prétendre à un développement durable si elle continue d’exclure la moitié de sa population de ses droits les plus essentiels. Lorsque les femmes ont accès à la terre, elles investissent dans leurs familles, renforcent la résilience des communautés et contribuent activement à la lutte contre la pauvreté et la faim. Garantir leurs droits fonciers, c’est donc poser les bases d’un développement inclusif et durable.
Face à ces enjeux, notre engagement reste intact. Nous continuerons à nous organiser, à sensibiliser, à plaider et à faire entendre nos voix à tous les niveaux : local, national et international. Nous renforcerons les solidarités entre femmes, soutiendrons les initiatives collectives et porterons haut les revendications pour des réformes justes et équitables.
Notre lutte est légitime, notre détermination est forte, et notre vision est claire : un monde où chaque femme a pleinement sa place, où ses droits sont reconnus et respectés, et où elle peut accéder librement et équitablement à la terre. Et nous ne cesserons d’avancer, ensemble, jusqu’à ce que cette réalité devienne une évidence pour toutes et tous.
Propos recueillis par Mady TOUNKARA






