À la suite de la détérioration du climat social survenue fin 2018-début 2019 à Sakoura, dans la zone du Kaarta, des déplacements massifs ont conduit plusieurs familles à trouver refuge à Mambiri, dans le cercle de Kita. Ces déplacés, majoritairement originaires de Guémoukouraba, Djougoun et Dindanko, cohabitent désormais avec les populations locales.

Dès leur arrivée, le chef de village et le conseil communal ont facilité leur installation afin d’atténuer les conséquences des violences vécues. Chaque famille autochtone aurait accueilli au moins un déplacé et partagé une partie de ses terres.
Aujourd’hui, la principale difficulté reste l’accès à la terre cultivable. Obtenir un lopin pour nourrir sa famille est devenu difficile, aussi bien pour les déplacés que pour les autochtones.
Tounko Diarra, jeune père de famille, explique ne pas avoir bénéficié de parcelle lors du dernier hivernage, alors qu’il doit subvenir aux besoins d’une vingtaine de personnes. Il recourt à des activités occasionnelles pour acheter de quoi se nourrir.
Il affirme avoir laissé derrière lui terres, bétail et biens matériels en quittant Sakoura, mais ne pas envisager un retour. Il espère que les autorités permettront un jour l’accès à des terres cultivables dans la forêt classée voisine.
Mamadou Coulibaly, déplacé originaire de Sakoura, estime être bien intégré à Mambiri. Il souligne cependant que les lopins partagés restent insuffisants pour les deux communautés.
Selon lui, la forêt classée qui jouxte le village et constitue un prolongement de la Boucle du Baoulé pourrait représenter une solution pour permettre aux familles de subvenir à leurs besoins.
La pression sur les terres touche également les autochtones. Les surfaces cultivables ont été réduites et exploitées à plusieurs reprises, ce qui affecte leur productivité.
Certaines familles déplacées sont nombreuses. L’une d’elles compte 77 personnes pour une superficie exploitée de trois hectares.
Au sein de cette concession, Oumou Fofana, dite « Mambiri Oumou », coordonne 17 femmes qui se relaient pour la préparation des repas. Malgré les difficultés, elle affirme rester attentive aux décisions des autorités afin que déplacés et autochtones puissent pratiquer l’agriculture dans de meilleures conditions.
Dans une autre grande famille de plus de 300 personnes déplacées, Fanta Diarra évoque les mêmes contraintes. Elle estime que si l’agriculture était correctement pratiquée, les femmes pourraient développer des activités génératrices de revenus comme l’agrobusiness ou les tontines.
Faute de terres cultivables suffisantes, certains déplacés se tournent vers d’autres activités. Moussa Sidibé s’est reconverti en chauffeur de tricycle. D’autres tentent de louer ou rechercher des parcelles dans des localités voisines, souvent sans succès.
Le maire de la commune de Souransan-Tomoto, Monciré Coulibaly, confirme que chaque chef de famille de Mambiri a accueilli au moins un déplacé et partagé ses terres par solidarité.
Il estime à plus de 2 000 le nombre de déplacés installés dans la localité. Selon lui, leurs besoins en terres sont réels. Il indique avoir entrepris des démarches auprès de l’État afin d’examiner la possibilité d’utiliser la forêt classée contiguë au village comme solution au problème foncier. Il affirme rester dans l’attente d’une réponse des autorités.
À Mambiri, déplacés et autochtones partagent aujourd’hui une même préoccupation : garantir l’accès à des terres cultivables suffisantes pour assurer leur subsistance, dans un contexte où la solidarité locale a montré ses limites et où l’espoir se tourne vers une solution encadrée autour de la forêt classée.
Mady TOUNKARA
Ce reportage est publié grâce au soutien de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas, à travers le Famoc, dans le cadre du projet, lutte contre les extrémismes à travers le journalisme de solutions






