Il Y A UNE VIE APRES LE POUVOIR

Loin de l’attitude désinvolte et offensant de la Mission d’observation électorale de l’Union Européenne, certains observateurs des deux tours de la présidentielle malienne ont envoyé des signaux d’espoir aux dirigeants maliens et africains. Par leur humilité et leur disponibilité sur le terrain, les anciens présidents Yayi Boni (Bénin) et Pierre Buyoya (Burundi) ont démontré qu’il peut y avoir et qu’il y a une vie après le pouvoir. Il ne sert donc à rien de s’accrocher au pouvoir.

YAYI BONI ET PIERRE BUYOYA COTE A COTE POUR OBSERVER LES ELECTIONS PRESIDENTIELLES AU MALI LE 29 JUILLET 2018

Yayi Boni, ex président de la Banque ouest africaine du développement (BOAD) et ex président du Bénin  (2006-2016) ! Pierre Buyoya, ex président du Burundi (1987-1993) et (1996-2003). Ces deux personnalités tranquillement assises côte à côte sur des table-bancs d’écoliers, pour observer le bon déroulement du premier tour de la présidentielle du 29 juillet 2018 ! Tout un symbole ! Une image en totale rupture avec celle de cette Afrique où des dinosaures sont prêts à tout pour se maintenir au pouvoir à vie.

Une belle image de la nouvelle Afrique où la démocratie gagne du terrain, lentement mais sûrement, parce que ses dirigeants commencent à comprendre qu’il peut y avoir une vie après le pouvoir si on n’est pas trop mouillé et si on accepte de sortir par une autre voie que celles des putschs ou des insurrections populaires.

Cette image positive de l’Afrique, les médias ne la montreront pas assez en dehors du continent. Et cela parce qu’ils n’ont leur compte que dans les tragédies qui secouent fréquemment les «Républiques bananières» sous les tropiques. Cette belle illustration traduit pourtant un processus enclenché avec les Senghor, Abdou Diouf, Mathieu Kérékou, Nicéphore Soglo, Nelson Mandela, Joachim Chissano, Rawlings, Zéroual, Ratsiraka, Alpha Oumar Konaré, Olusegun Obasanjo…

Un cercle de plus en large de chefs d’État qui ont passé le flambeau après «l’ivresse du Palais». Une retraite réussie comme preuve ou gage de stabilité politique dans leur pays. Considéré comme le père de la nouvelle démocratie au Ghana, l’ex-président de la République John Jerry Rawlings, est l’un des pionniers de ce choix éclairé. Aujourd’hui, plusieurs présidents lui ont succédé depuis son départ. Et il ne regrette pas un instant d’avoir quitté le pouvoir.

Et cela parce que Jerry Rawlings demeure l’un des hommes politiques les plus populaires et les plus respectés par ses concitoyens et aussi à l’extérieur des frontières de son pays. Il est, pour paraphraser des confrères, un vrai «Homme Simple» et fait des choses que de vrais «hommes simples» font naturellement et couramment.

Et J.J. Rawlings ne cesse surprendre ses admirateurs. En animant par exemple une émission culinaire à la TV. Comme pour «montrer à ceux qui s’accrochent désespérément au pouvoir qu’ils ont usurpé qu’il y a bel et bien une bien meilleure vie après la présidence…».

Grâce à lui, le Ghana ne cesse de nous donner un fantastique exemple de solidarité entre anciens et nouveau présidents de la République. En effet, s’il y a un pays africain où les différents chefs d’Etats font preuve de solidarité et d’union, c’est bien le pays de Kwame Nkrumah. Un rare exemple qu’on ne voit souvent qu’aux Etats-Unis ces dernières années.

Au Ghana, quand un nouveau président accède à la magistrature suprême, il se tourne vers ses prédécesseurs pour bénéficier de leur appui. Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, l’actuel président ghanéen n’a pas dérogé à la règle.

«Le mardi 18 avril 2017, j’ai invité les trois anciens présidents de la République, leurs Excellences, Jerry John Rawlings, John Agyekum Kufuor et John Dramani Mahama à une réunion à la présidence. Le but de la réunion était de demander leurs points de vue sur certaines mesures de renforcement de la gouvernance que mon administration entend prendre», avait alors révélé le président Nana Addo Dankwa Akufo sur sa page Facebook.

«Que c’est touchant ! Une affaire de solidarité et d’union des John qui ne peut qu’arranger le peuple ghanéen», avait aussi commenté un confrère. Un bonheur que les Maliens attendent encore. L’assurance et le réconfort politique de voir le Général Moussa Traoré, Amadou Toumani Touré, Alpha Oumar Konaré et Dioncounda Traoré autour d’Ibrahim Boubacar Kéita pour réfléchir à certains défis de la nation comme la paix, la sécurité et la réconciliation nationale.

«Rien n’est plus clairement la marque d’un homme d’État que de savoir quand passer le flambeau à une nouvelle génération», disait Kofi Annan, l’ancien Secrétaire général des Nations unies. Autrement, «l’alternance au pouvoir est la clé de la stabilité et l’antidote aux coups d’État». Mais, disent certains analystes politiques, il faut non seulement inciter les chefs à la sagesse, mais aussi les rassurer sur «le bon déroulement d’une retraite politique prise parfois dans la force de l’âge».

Il faut par exemple leur garantir la sécurité financière et physique (protection rapprochée), maintenir leurs privilèges et l’immunité diplomatique… Bref, leurs successeurs doivent leur donner l’assurance qu’ils ne subiront pas de persécution ou d’humiliation. Mieux, ils doivent agir de sorte que ces «ex présidents» se sentent toujours utiles car sollicités et écoutés par rapport à vie de la nation. Au Mali, nos anciens Chefs d’Etat ont statut digne de leur rang. Mais, ils sont peu sollicités par leurs successeurs quant à la vie de la nation. Ils ne sont souvent sollicités que pour des raisons protocolaires.

Et pourtant, il faut faire «en sorte qu’ils ne soient pas marginalisés, quel que soit le cadre dans lequel ils évoluent, est également indispensable. Comme chacun le sait, l’ennui est mère de tous les complots», conseille également un confrère africain.

C’est en tout cas l’une des conditions sine qua non de l’avancée et de la consolidation de la démocratie (donc de la stabilité politique) en Afrique !

Moussa Bolly

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