KADIATOU TRAORE NIENTAO, JOURNALISTE A LA VOA: «Nous avons l’obligation de préserver le Mali quelles que soient nos divergences»

Les Maliennes de la diaspora font des merveilles. Aujourd’hui, nous avons interviewé une Nyeleni à la Voix de l’Amérique(VOA). Il s’agit de Mme Nientao Kadiatou Traoré. A cheval sur la thématique équité/genre, Kadiatou est une battante qui s’est illustrée au Mali aussi bien par son engagement professionnel que politique. Et aujourd’hui, est l’une des meilleures ambassadrices à hisser haut les couleurs du Mali à l’extérieur du pays.

NYELENI Magazine : Comment se porte aujourd’hui le Service Bambara de la Voix de l’Amérique (VOA) et son évolution au fil du temps?

Kadiatou Traoré Nientao : Merci de m’offrir cette opportunité. Et, avant tout, je tiens à féliciter votre magazine pour le brillant travail qu’il accomplit au quotidien pour l’épanouissement de la Femme Malienne. Alors, pour revenir à votre question, le service Bambara de la Voix de l’Amérique pour lequel je travaille depuis bientôt plus de cinq, se porte à merveille. Nous formons une équipe formidable, mes collègues et moi. Et, c’est d’ailleurs l’occasion de les remercier tous pour cette fructueuse collaboration qui nous maintient en contact au quotidien avec notre cher pays d’origine, le Mali.

 NYELENI Magazine : Il y a quelques années, vous avez aussi lancé le programme Mali kura. Pourquoi ?

Kadiatou Traoré Nientao : Mali Kura est aujourd’hui une tribune d’information dans laquelle toutes les Maliennes et tous les Maliens se retrouvent, de l’intérieur comme de l’extérieur. Et c’est avant tout l’objectif de cette tranche d’information. Il fallait combler ce vide pour permettre aux compatriotes de mieux comprendre l’actualité au Mali, traitée de façon équitable par des Maliens et pour les Maliens. Surtout avec la crise qui a secoué le pays et qui continue toujours d’affecter malheureusement certaines de ses régions. Donc, il fallait aussi sensibiliser certains de nos compatriotes qui avaient basculé dans l’extrémiste et/ou dans la désinformation. Nous ne dirons pas que le pari est déjà gagné, mais nous ne sommes pas trop loin des objectifs visés.

 NYELENI Magazine : Quel est l’impact de vos émissions sur leurs cibles au Mali et en Afrique ?

Kadiatou Traoré Nientao : Selon les évaluations sur le terrain, notamment les résultats analytiques des sondages que la Voix de l’Amérique a effectué, nous pouvons être fiers de dire aujourd’hui, que nos programmes ont donné à la majorité de nos auditeurs une certaine compréhension de l’information équilibrée en Bambara. Il y a quelques années, comme vous le savez, ce n’était pas le cas. Donc, on peut aussi dire que, d’une manière ou d’une autre, les programmes en bambara de la VOA ont en partie suscité une reconsidération de la langue comme vecteur d’information non seulement par nos dirigeants, mais aussi par la presse malienne dans son ensemble. Aujourd’hui par exemple, il y a des tranches d’informations strictement en bambara et même des programmes de divertissement rien qu’en bambara. Alors qu’avant, il n y avait que des condensés de l’actualité nationale et internationale qu’on présentait au public sous la forme de revue de presse.

 NYELENI Magazine : Est-ce la VOA veut ainsi contribuer à l’éveil des consciences dans votre pays, le Mali, et en Afrique ?

Kadiatou Traoré Nientao : Absolument, c’est exactement la mission et la vision de la VOA. A travers ses émissions, elle donne la parole à toutes les couches de la population: condition sine qua non pour la bonne mise en œuvre des programmes de démocratie et de bonne gouvernance. Les avis, notamment divergents compte beaucoup pour cela. En plus, vous savez aussi que la radio est l’un des meilleurs instruments de communication, notamment dans le contexte malien.-

NYELENI Magazine : VOA a-t-elle de nouveaux projets d’émission en direction du Mali ou de l’Afrique ?

Kadiatou Traoré Nientao : Je pense que nos responsables sont les personnes qui peuvent mieux répondre à cette question. Ce que je peux vous dire, c’est que nous nous employons au quotidien non seulement à améliorer le programme qui existe déjà, mais aussi à l’étoffer. Tout ceci en tenant compte des besoins sur le terrain, et surtout de l’exigence des Maliennes et des Maliens en matière d’information.

NYELENI Magazine : Etes-vous toujours présidente des Maliens de Washington DC ?

Kadiatou Traoré Nientao : Je ne suis plus la Présidente. Mon mandat est terminé et j’ai passé le flambeau aux jeunes. Je profite d’ailleurs de cette tribune pour féliciter Mme Camara Kamissa, qui était la vice-présidente de cette Association des Maliens de Washington DC et qui vient d’être nommée ministre des Affaires étrangères dans le premier gouvernement du second mandat du président Ibrahim Boubacar Kéita dit IBK. Mais, il faut reconnaitre que je demeure très impliquer dans les affaires communautaires en plus de mes activités professionnelles. Nous sommes à l’étranger et le seul moyen de rester mobiliser, attacher à notre chère partie, c’est de cultiver le vivre ensemble. Et c’est mon leitmotiv !

 NYELENI Magazine : Vous participez aussi au Forum consacré aux femmes rurales et aux femmes artisanes au Maroc. Pouvez-nous dire deux mots sur cette initiative ?

Kadiatou Traoré Nientao : Déjà, il faut signaler qu’il s’agit d’un forum qui offre un creuset de connexion des femmes artisanes du continent. Et, vous n’êtes pas sans savoir que le Mali regorge de beaucoup de femmes artisanes. C’est donc une occasion qui nous permet d’évoquer non seulement les difficultés que rencontrent nos vaillantes sœurs dans l’exercice leur métier, mais aussi d’identifier des solutions que nous allons soumettre aux autorités maliennes. A leur tour, elles pourront venir en aide à ces braves femmes qui constituent le socle du développement.

Nous irons nous inspirer des expériences d’autres femmes artisanales qui émergent déjà, que nous allons dupliquer au Mali. Ensuite, il sera question de mettre en place un réseau de femmes artisanes du continent. Et, vous convenez avec moi qu’il n’est pas question que notre pays soit absent de ce creuset. Et pour ce faire, je tiens avant tout à féliciter l’Association des femmes artisanes du Maroc, dirigée par Madame Fawzia Talout Meknassi qui a eu l’ingénieuse idée de mettre en place ce réseau. C’est une initiative à soutenir immanquablement pour l’épanouissement de la Femme malienne et nous y serons.

 NYELENI Magazine : Selon vous, qu’est-ce que le pouvoir politique peut et doit faire aujourd’hui, de judicieux en faveur des femmes rurales ainsi que des artisanes du Mali ?

Kadiatou Traoré Nientao : Le secteur de l’artisanat est en effet l’un des secteurs les mieux organisés au Mali, à travers les différents financements mis en place par le gouvernement au profit de nos sœurs. C’est déjà un grand pas qu’il faut saluer au passage. Le Mali est par exemple l’un des rares pays africains à avoir l’Assurance maladie obligatoire (AMO) pour les agents du secteur informel, notamment les femmes artisanes et rurales. Donc beaucoup de choses se font déjà.

Ce n’est pas assez ! Il faudra donc continuer dans ce sens en vue d’améliorer les conditions de vie et de travail de la Malienne de façon générale. Néanmoins, nous exhortons les autorités à mieux écouter les problèmes que rencontrent au jour le jour nos sœurs, nos mères, nos tantes, nos cousines et nos filles car, elles sont l’avenir de demain.

Pour notre part, de retour du prochain forum qui se tendra très prochainement au Maroc, nous allons présenter aux autorités les recommandations qui auraient été adoptées. Quitte à elles de s’en approprier pour mieux renforcer leur soutien aux femmes. En tout cas, on ne cessera pas de faire des plaidoyers en faveur de la Femme.

 NYELENI Magazine : Quelles doivent être les priorités des Maliennes en termes d’émancipation et d’autonomisation ?

Kadiatou Traoré Nientao: Là-dessus, je serais très brève. Nous aspirons tout simplement aux mêmes postes de responsabilités que les hommes. Nous réclamons une parité à compétence égale. L’équation du quota est déjà résolue. A présent on doit plus se faire valoir, se donner les mêmes chances que les hommes.

 NYELENI Magazine : Vous êtes une Dame engagée sur plusieurs fronts. D’où tirez-vous l’énergie nécessaire à un tel engagement ?

Kadiatou Traoré Nientao : De Dieu ! Seul le Tout Puissant à le pouvoir de nous donner la force et l’énergie. Et c’est à lui que je me confie chaque jour. Alors si j’ai vraiment cette énergie dont vous parlez, c’est grâce à Allah.

 NYELENI Magazine : Est-ce une manière pour vous de vous émanciper ?

Kadiatou Traoré Nientao : A mon avis, l’émancipation est avant tout mentale. Quand vous êtes en accord avec votre environnement, votre mari, vos enfants, votre famille, votre pays et même vos ennemis, vous êtes émancipée. Je ne sais pas si je le suis. Mais, je pense que je suis quand même en phase avec mon environnement.

NYELENI Magazine : Après tant d’années de lutte et de militantisme à divers niveaux (médias, Droits humains, politiques) qu’elle est votre plus grande fierté ?

Kadiatou Traoré Nientao : Ma plus grande fierté, c’est de toujours garder, et j’espère encore pendant longtemps, le souffle que mes parents m’ont donné par la grâce de Dieu à ma naissance. L’accomplissement n’est que vanité. Et donc, pour moi, on peut s’en réjouir et en être fière.

NYELENI Magazine : Qu’est-ce que vous regrettez le plus aujourd’hui, dans votre parcours ?

Kadiatou Traoré Nientao : Si tout ce que j’ai accompli dans ma vie est à refaire, je le referai avec toujours le même plaisir !

 NYELENI Magazine : Un mot de la fin ?

Kadiatou Traoré Nientao : «Quand on a plus honte de sa laideur et qu’on l’assume avec fierté, on devient beau», disait Guy Descartes. Pour approfondir cette réflexion dans la réalité malienne, je dirai tout simplement, qu’il faut que nous, femmes maliennes, nous nous levons collectivement, du Nord au Sud et d’Est à l’Ouest, pour dire non au barbarisme qui secoue notre septentrion; dire non à nos maris, nos frères qui prennent les armes au nom de l’Islam pour tuer leurs prochains.

Que le violeur ait l’humilité de demander pardon à sa victime. J’exhorte également la Commission Vérité, Justice et Réconciliation du Mali (CVJR) à prendre les dispositions nécessaires pour réconcilier tous ses enfants. Ce n’est qu’à ce prix là, que nous allons retrouver nos lettres de noblesses et j’y crois fondamentalement. Le Mali est tout ce que nous avons et nous avons l’obligation de le préserver quelles que soient nos différences.

Propos recueillis par Maïmouna Traoré et Moussa Bolly

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