FATOUMATA COULIBALY DITE FC, COMEDIENNE, REALISATRICE ET ECRIVAINE: «J’ai toujours donné la priorité aux femmes dans mes oeuvres»

Une femme aux multiples talents, une référence pour la jeune génération. De l’actrice, comédienne, réalisatrice et maintenant écrivaine, Fatoumata Coulibaly dite FC est une femme de culture dans tous les sens du terme. Elle est depuis peu, auteure d’un ouvrage intitulé «Paroles de femmes». Dans ses œuvres FC met en valeur la femme en rehaussant son image. Malgré un agenda chargé, elle a accepté de répondre à quelques questions sur ses métiers. Interview !

Fatoumata Coulibaly dite FC

NYELENI Magazine : Vous êtes partie de l’animation radio, au cinéma en passant par le théâtre et maintenant l’écriture. D’où tirez-vous toute cette force ?

Fatoumata Coulibaly : Je pense que toutes ces choses sont liées. D’abord tout passe par l’écriture. Quand on est à la radio, on écrit d’abord avant de par- ler… On écrit pour son peuple, pour sensibiliser, éduquer, informer, engueu- ler. Et de la radio vers le cinéma, c’est toujours l‘écriture. Mais, là, il y a la mise en scène. Le personnage vient, joue… Il y a donc une mise en scène… Qui est animateur radio et de télévision, comé- dienne est un artiste. Donc je rejoins tous ceux-ci pour venir à l’écriture. Ce que j’ai écrit, ce sont des poèmes et au- tres croquis. Je pouvais aussi transfor- mer mes écrits en scenarii pour réaliser un ou des films. Je tire cette force de mon inspiration, de la vie de tous les jours, ce que je vois, mon entourage… Nous avons tous des joies, des peines…

NYELENI Magazine : Comment est venue l’idée d’écrire un livre sur les femmes ?

Fatoumata Coulibaly : C’est important parce que ma vie est beaucoup liée à la Femme, depuis l’animation à la radio. Quand je partais en reportage dans le milieu rural, lorsque j’étais à la radio ru- rale, je voyais que les femmes souf- fraient. Elles se réveillaient très tôt et se couchaient après tout le monde, al- laient chercher des bois morts pour venir préparer, prendre soin des en- fants et de leur époux. Tout cela m’a fait beaucoup de peine.

Au Mali, on dit « MUSO YE SEKEN FIN YE, MUSO KA KAN KA MU- GNOU». Autrement dit, la femme doit accepter les souffrances et se résigner. Je ne peux pas nier ça puisqu’on l’a toujours dit. Mais, j’ai dis que la femme doit respecter son mari et son entourage, le mari doit aussi respecter cette femme. J’ai eu beaucoup de compassion pour ces femmes. Je dirais, de passage, que certaines braves femmes m’ont aidé à l’ORTM. C’est le cas d’Ami Sow, paix à son âme, et Tosso Diarra qui m’ont aidé à évoluer. Nous avons eu à faire une émission appelée «Ménage en Musique» qui s’adressait aux femmes. Je m’exprimais dans cette émission.

Quand j’ai commencé avec la réalisation, je me suis dit pourquoi ne pas faire des choses sur les femmes puisqu’elles sont reléguées au second plan. Mais, il y a 20 ans de cela, elles n’étaient pas écoutées. Je me rappelle que lorsque je partais en reportage dans les villages, les femmes s’asseyaient toujours derrière les hommes. Je profitais du cousinage à plaisanterie (Camara, Kéita, Kouyaté, etc.) pour leur demander pourquoi ils laissent les femmes derrière alors que ce sont elles qui font tout pour les hommes ? Et ils me disaient Coulibaly « MUSONI I NIN KADI » (Petite Coulibaly tu es trop curieuse). Tout le monde rigolait et elles s’approchaient des hommes.

Les femmes ont de bonnes idées, mais elles n’osent pas venir devant la scène comme l’ont fait les regrettées Sira Diop et Fatoumata Siré Diakité. Elles sont donc ignorées. Elles n’étaient pas autorisées à venir devant les hommes sinon on leur reproche d’être «MUSO KOUN» (des femmes qui veulent dominer et se faire voir). Moi je leur ai dit que les femmes doivent parler de leurs problèmes, car personne ne les connaît mieux qu’elles mêmes. J’ai toujours donné la priorité aux femmes. C’est ce qui a inspiré cet ouvrage sur les femmes : «Paroles des femmes» !

NYELENI Magazine : Parlez-nous du contenu du livre ?
Fatoumata Coulibaly :
Dans ce livre je parle des femmes pour amener les hommes à les voir différemment. L’homme et la femme doivent s’épauler. J’ai ressortis la vie de certaines grandes dames, je décris même l’histoire d’Abdoulaye Diabaté chanteur malien et sa maman qui ont trop souffert. Il y a une partie de leur vie, mais aussi de l’amour des femmes. Une femme se marie par amour, pas pour l’argent. Elle veut fonder un foyer, avoir des enfants… Le livre contient aussi des poèmes sur feue Fatoumata Sire Diakité, Sira Diop…

NYELENI Magazine : Que pensez- vous du statut de la Malienne de nos jours ?
Fatoumata Coulibaly :
Son statut a évolué ! La nouvelle génération a eu la chance d’avoir des battantes, des femmes têtes brulées. Il y a de ces femmes qui se sont jetées à l’eau pour défendre leurs droits. A une époque on ne pouvait pas parler devant certains hommes de droits de la Femme, surtout de l’égalité. Pour eux, l’égalité signifiait que la femme doit être mieux placée que l’homme. Si la femme et l’homme ont le même diplôme, ils doivent avoir la même responsabilité aux différents postes. Ce qui était loin de la réalité. Maintenant c’est à la jeunesse de prendre le flambeau. Malheureusement, il y a de ces grandes dames qui sont en- trains de partir, mais d’autres sont en- core parmi nous. Il revient donc à la nouvelle génération de profiter de leur présence, de leur expérience, de les écouter et suivre leurs conseils. Cela d’autant plus qu’elles ont le devoir d’agir pour la future génération. Je sais ce que nos ainées ont enduré, endossé. Certaines ont divorcé parce que le mari ne voulait pas qu’elles aillent en réunion… Mais, il fallait qu’on y aille parce que ce sont ces réunions qui nous donnent l’occasion d’évoquer nos problèmes de femmes et de jeunes filles.

NYELENI Magazine : Votre avis sur la polygamie et ses conséquences ?

Fatoumata Coulibaly : J’ai écris un scénario sur la polygamie, il y a sept ans de cela. Mais, je n’ai pas cherché de financement. Je l’ai fait en fonction de mon milieu par ce que j’étais la 2è femme. Je me suis inspirée de ce que j’ai enduré et ce que mes voisines endurent. Comme l’ont dit les illustres musulmans, les prêcheurs, la polygamie se trouve dans le coran et l’homme peut marier jusqu’à quatre femmes. Mais, il doit être équitable sinon les femmes vont se bousculer, se battre voire se tuer. Pareil pour les enfants. A l’époque de nos ainées, c’était la grande famille. Toutes les femmes vivaient dans la grande cour, les enfants s’aimaient. Je ne dirais pas qu’il n’y avait pas de problèmes, mais on cherchait les solutions ensemble. Face à l’individualisme, les choses ont changé parce que chacun dit moi d’abord (NE). Je suis la première femme, je veux que mon mari soit bon pour moi, mais pas pour les autres femmes alors que nous avons été toutes dotées par lui. Ce n’est pas facile d’être équitable, mais certains hommes le sont.

Même quand on signe la monogamie, l’homme c’est comme l’oiseau qui s’envole d’un arbre à un autre, quoi que l’on fasse, certains auront toujours une copine. Si cette dernière a la chance de rentrer comme toi, vous allez vous partager les tâches ménagères. Et une fois au foyer, elle n’aura pas forcément les mêmes privilèges que dehors. Moi-même, j’étais dans une union polygamique et j’avoue que ce n’est pas facile. Mais, c’est à nous de voir ce qui est bien pour nous. Nous devons chercher à être heureux et non le contraire. Il nous faut la paix dans nos maisons, car notre pays souffre déjà. Chacun doit donc chercher la quiétude dans son foyer.

 NYELENI Magazine : Quel est votre mot de la fin ?
Fatoumata Coulibaly:
Je demanderai à la jeunesse d’être à l’écoute des anciens, les jeunes ont eu la chance d’avoir cette mondialisation, l’ordinateur, les réseaux sociaux, internet… qui ont aussi des conséquences. Qu’ils se disent aussi qu’il est bien beau d’avoir de l’argent, mais l’argent facile se retourne contre toi tôt ou tard. Beaucoup de jeunes me reprochent le fait qu’à notre époque nous avons travaillé sans gagner un franc. Mais, maintenant, eux ils ne veulent plus se contenter du peu. Il faut toujours se battre pour gagner son argent. Comme le disent certains l’argent n’a pas d’odeur, mais des conséquences dirais-je. Si tu t’enrichis en tuant, tu seras écrasé un jour parce que les péchés te rattraperont. Que la jeunesse cherche à gagner par la sueur de son front, qu’ils se regroupent pour monter des projets et chercher des financements chez les Partenaires techniques et financiers (PTF) et les ministères.

Bravo à NYELENI Magazine et à sa fondatrice.

Propos recueillis par Nindeye TOUNKARA (Dans NYELENI n° 88 Dec 2016)

A noter que Fatoumata Coulibaly est celle qui a exhorté le Conseil International des Radiodiffusions Télévisions d’Expressions Françaises (CIRTEF basé à Bruxelles, en Belgique) à faire un film sur les femmes battantes. Elle était parmi les formatrices à la première session de formation avec tous les pays francophones. Et à la première édition elle a fait un film sur feue Fatoumata Siré Diakité, une Nyéléni du Mali.

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