Entretien avec Mme Assétou Founé Samaké, Ministre de l’Innovation et de la Recherche Scientifique

Avant le dernier remaniement, elle était en charge de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique; aujourd’hui, l’Enseignement Supérieur est désormais confié à l’Education nationale. Pour la première fois, un ministère est dédié à la recherche scientifique. Nous avons au cours d’un entretien avec le Professeur Assétou Founé Samaké, fait le point sur les activités menées avant ledit remaniement.

NYELENI Magazine: Nous savons que depuis votre arrivée au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Scientifique, vous avez cherché à améliorer les conditions de travail et la bonne gouvernance  Quels sont aujourd’hui vos points de satisfaction ?

Pr. Assétou Founé Samaké: De 2013 à 2018, ce qu’on peut dire, par rapport à la revalorisation de la fonction enseignante, c’est que la promotion des enseignants-chercheurs s’est faite à travers la tenue régulière des sessions de la Commission Nationale d’Etablissement  des Listes d’Aptitude (CNELA) et celles du Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur (CAMES). Ainsi, mille six enseignants-chercheurs (1006) ont progressé dans leur carrière en accédant à des grades supérieurs dans leur fonction. Quant au recrutement,  483 détenteurs de master et de doctorat ont été recrutés pour renforcer la ressource enseignante, 96 thèses ont été soutenues. Les enseignants-chercheurs  dans le cadre du renforcement de leurs capacités, ont participé à des formations en pédagogie universitaire et en pédagogie numérique leur permettant de construire des enseignements en ligne. Ils ont bénéficié de facilités relatives à la mobilité pédagogique et de recherche  à travers le monde ; ainsi, les universitaires du Mali ont pris part à plus de 589 missions pédagogiques, de recherche et de formations continues.

NYELENI Magazine: Vous parlez là du renforcement des capacités, qu’en est-il de la gestion administrative du personnel ?

Pr.Assétou Founé Samaké: La rationalisation de la gestion administrative du personnel enseignant au niveau du supérieur reste à consolider. Tous les enseignants-chercheurs de la Fonction publique sont répertoriés. Cependant, des efforts doivent être faits pour répertorier et indexer les enseignants vacataires  dont les prestations  sont ponctuelles. La gestion administrative des enseignants est partie intégrante de la modernisation de la gouvernance de l’Enseignement Supérieur qui a démarré  par la mise en place d’un Système Intégré de Gestion de l’Information ( SIGE), dont la porte d’entrée est Campus Mali, qui a permis d’indexer les étudiants et de produire des données statistiques  et des indicateurs fiables sur la scolarité de deux années universitaires  2015- 2016 ( 58 885 étudiants) ; 2016-2017 ( 69 202 étudiants) et 2017-2018 ( 85 284 étudiants).

NYELENI Magazine: Quand on parle de bonne gestion, il faut absolument une  modernisation aussi, comment cela se passe au niveau des programmes d’enseignement?

Pr. Assétou Founé Samaké : Tous les Etablissements d’Enseignement Supérieur et de Recherche  ont mis fin à l’approche pédagogique classique et appliquent actuellement  le système Licence-Master-Doctorat (LMD), en mettant un accent particulier sur les offres de formations professionnelles. De 2013 à 2018, la Direction Générale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique a validé 82 offres de formation professionnelle pour les Institutions publiques, et environ 400 offres professionnelles pour les établissements privés. L’élaboration de ces offres  a été ouverte  à l’administration, au secteur privé, à la société civile et à la diaspora universitaire. L’objectif recherché est la prise en compte de la

demande sociale,  économique et culturelle. Pour garantir la qualité des offres de formation, des structures de contrôle et de renforcement des capacités des enseignants ont été créées. Il s’agit de l’Ecole Doctorale des Sciences et de Technologies du Mali , destinée à relever le niveau des formateurs en les accompagnant en thèse; la création de l’Agence Malienne d’Assurance-Qualité qui a pour rôle d’accréditer et d’habiliter, non seulement les structures d’enseignement supérieur,  mais aussi les offres de formation ; la transformation de l’ISFRA ( Institut Supérieur de Formation et de Recherche Appliquée) en l’Institut de Pédagogie Universitaire  dédié au renforcement des compétences en pédagogie, ingénierie pédagogique et enseignement numérique au Supérieur;

Entrée de l’Université de Kabala

NYELENI Magazine: L’Enseignement Supérieur a donc bénéficié de ressources financières conséquentes ? 

 Pr.  Assétou Founé Samaké: Pour moderniser et renforcer les infrastructures pédagogiques, scientifiques et sociales. Le montant alloué à la modernisation s’élève à 42 990 000 000  de F CFA. Ainsi , de 2013 à 2018,  le Président de la République a inauguré  la Cité universitaire de Kabala bâtie sur une superficie de cent deux (102) hectares, en outre elle est dotée d’un Bloc scientifique, de quatre (04) blocs d’hébergement pouvant accueillir quatre mille quatre-vingts (4 080) étudiants, d’amphithéâtres ultra modernes, de salles informatiques, d’une Bibliothèque virtuelle, de salles de classes, de terrains de sports et d’un restaurant de 1000 places .  En plus de la Cité de Kabala, d’autres infrastructures ont  été créées. Il s’agit de : la construction et l’équipement des infrastructures pédagogique, scientifique et sociale de  quatre (04) universités, de quatre  (04) Grandes Ecoles, de trois (03) Instituts et de trois (03) Campus universitaires ; la construction du nouveau siège de l’Institut des Sciences Humaines  (ISH); la création et l’ouverture de l’Ecole Supérieure de Journalisme et des Sciences de la Communication (ESJSC) ; l’ouverture de l’Institut Zayed des Sciences Economiques et Juridiques de Bamako (IZSEJB) pour les bacheliers franco-arabes; la transformation de l’Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques  Ahmed Baba de Tombouctou (IHERI-AB)) en Etablissement d’Enseignement Supérieur et de Recherche, destiné à la formation aux métiers du livre, à la conservation et à la valorisation des  manuscrits du Mali. L’Enseignement Supérieur compte aujourd’hui, seize (16) établissements  d’enseignement : 05 universités ; 06 Instituts de formation à orientation professionnelle et 05 Grandes Ecoles, la finalisation des  travaux des missions de création des universités de Gao, Tombouctou et Sikasso  ainsi  que la création de la mission universitaire de l’Université de Bandiagara et, enfin, la signature de la deuxième phase de Kabala.

NYELENI Magazine: Dans le domaine des Sciences, Technologie et Innovation, y a t-il des orientations spécifiques ?

 Pr. Assétou Founé Samaké : Les institutions d’enseignement et de recherche ont bénéficié de ressources pour l’équipement des laboratoires de recherche à but pédagogique et de recherche. Quatre structures (l’Université de Ségou et l’Université des Sciences et Techniques ; l’Ecole Nationale des Ingénieurs ABT de Bamako, et l’Institut Polytechnique Rural de Katibougou) ont bénéficié d’appuis conséquents pour moderniser leurs laboratoires respectifs. L’adoption du document de Politique Nationale des Sciences, Technologies et  Innovations et de son Plan d’Actions, a permis de donner également des orientations pour le renforcement de l’enseignement et de la recherche scientifique. D’autres initiatives  ont démarré qui vont dans le sens de la promotion de la science. Il s’agit de : la création de

Vue partielle de l’Université de Kabala

l’Académie Nationale des Sciences du Mali ; l’opérationnalisation du Fonds Compétitif pour la Recherche Scientifique et l’Innovation Technologique  ( FCRIT) ; l’institutionnalisation du Grand Prix du Président de la République aux Chercheurs et Inventeurs du Mali ; la tenue de  deux (02) éditions  de la Fête des Sciences,  en 2016 et 2017 à Bamako, au cours de laquelle les scientifiques universitaires et non universitaires maliens et étrangers ont recommandé le partage et la transmission aux jeunes générations  des sciences et des techniques en tant que culture.

 NYELENI Magazine: Nos jeunes ont eu le 2è prix en robotique en 2017 aux Etats-Unis et cette année aussi à Dakar, que prévoit l’Etat malien pour ces jeunes genies?

 Pr. Assétou Founé Samaké: Pour cela un espace a été créé au sein de l’Ecole Normale d’Enseignement Technique et Professionnel, le Centre Collaboratif de Robotique pour le renforcement des Sciences Technologies Ingénieries et Mathématiques (STEM) pour les élèves et étudiants, et leur participation aux compétitions africaines et mondiales. Toutes les structures de l’Enseignement supérieur et de la recherche ont créé des salles informatiques/multimédias et se sont dotées de logiciel de traitement des données. Pour les enseignements en ligne, l’Enseignement Supérieur a acquis des plateformes numériques  et un studio d’enregistrement  des cours pour héberger et produire des cours  en ligne. La formation des enseignants se poursuit en pédagogie numérique. L’octroi de 13 000 ordinateurs aux étudiants s’inscrit dans le renforcement du numérique dans l’enseignement au niveau du supérieur.

NYELENI Magazine: Comment se passe le partenariat avec le secteur privé ?

Pr. Assétou Founé Samaké: L’ouverture des Universités,  Grandes Ecoles et Instituts aux secteurs privés et à la société civile  s’est renforcée durant ce quinquennat. Les Conseils des universités  sont ouverts aux représentants des entreprises et à ceux de la société civile, qui donnent leurs avis sur les décisions et sur  le travail des universités. Ils sont également impliqués dans l’élaboration des offres de formation. Aussi, nous avons démarré en partenariat avec le secteur privé, l’accompagnement des diplômés  dans la création d’entreprise. Il s’agit en plus de leur formation universitaire,  de leur faire acquérir des compétences en entrepreunariat et auto-emploi. Ainsi les structures universitaires que sont : l’Institut des Sciences Appliquées, l’Institut Universitaire de Technologie, l’Institut Universitaire de Gestion et la Faculté des Sciences et techniques en partenariat avec Bamako Incubateur ont incubé des jeunes diplômes, pour l’acquisition des compétences entrepreneuriales indispensables à la création de leurs propres entreprises.  La première promotion de ce programme collaboratif  dénommée «  Genesis Startups Mali »  est à l’assaut du marché malien.

NYELENI Magazine: C’est quoi l’autonomisation et efficience éducative de l’enseignement supérieur ?

Pr. Assétou Founé Samaké: L’autonomisation et l’établissement de contrat de performance a démarré dans quatre structures, l’Université de Ségou, l’Université des Sciences et Techniques, l’Ecole Nationale des Ingénieurs ABT de Bamako, et l’Institut Polytechnique Rural de Katibougou. Ces structures, à travers un Plan Stratégique de Développement, sont régulièrement évaluées à l’aide d’indicateurs de performance. Cette expérience-pilote   est indispensable à l’acquisition des réflexes de l’évaluation et  de la culture, du résultat indispensables à l’établissement des contrats entre l’Etat et les structures universitaires, dont la finalité est l’autonomie de ces structures.

NYELENI Magazine : Quels ont été, les deux dernières années, les critères d’attributions des bourses en interne comme à l’extérieur ?

Pr. Assétou Founé Samaké: les bourses pour les étudiants inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur publics sont attribuées selon les critères suivants : La performance ( la moyenne obtenue au Bac) ; La scolarité (le nombre d’années passés au lycée) ; Le genre ( pour favoriser la scolarisation des filles); La situation sociale (pour permettre à tous, notamment les orphelins, l’accès à une formation supérieure)  et enfin, depuis l’année scolaire 2016-2017, un cinquième critère a été introduit, il porte sur les étudiants issus de filière scientifique: l’objectif étant d’encourager plus d’élèves  aux lycées de s’orienter vers ces filières en « mal aimée » depuis quelques années. Chaque critère donne droit à un certain nombre de points dont l’addition détermine l’admissibilité ou non à la bourse. Concernant les bourses pour étudier à l’extérieur, les critères d’attribution sont corrélés uniquement au mérite. Ainsi, il faut avoir obtenu la mention « Assez bien » au minimum au baccalauréat.

NYELENI Magazine: Le nombre d’étudiants des deux sexes et quels ont été les pays d’accueil ?

Pr. Assétou Founé Samaké : de l’année scolaire 2016-2017 à 2018-2019, 1164 étudiants ont bénéficié de bourses  pour aller étudier à l’extérieur. Parmi ces étudiants, il y avait au total 387 filles et 777 garçons.

NYELENI Magazine: «Un étudiant, un ordinateur», une promesse tenue par le président, mais 13 000 ordinateurs, ce n’est pas insuffisant ?

Pr. Assétou Founé Samaké : le soin apporté par les bénéficiaires des 13 000 ordinateurs offerts par le Président de la République aux étudiants, permettra sans aucun doute d’envisager une extension du programme. Ainsi chaque étudiant aura accès aux ressources numériques qui deviennent si importantes pour des formations de qualité.

NYELENI Magazine: Votre souhait pour la Recherche scientifique au Mali ?

Pr. Assétou Founé Samaké : le Mali est un grand pays de recherche d’où sont sortis bon nombre de scientifiques de renom. De l’Agriculture à la biomédecine, le Mali, à travers de nombreuses publications chaque année, contribue grandement à l’avancée des connaissances scientifiques. Le premier souhait est de pérenniser cela. Avec l’accent particulier qui vient d’être mis sur l’Innovation et la Recherche, l’objectif est à présent de donner une nouvelle dynamique aux institutions faisant de la recherche et de l’innovation, afin de participer à la création et permettre une réduction sensible du chômage des jeunes.

Entretien réalisé par Maïmouna TRAORE

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